Le 26e vendredi depuis le début de la contestation populaire et des marches revendicatives pourrait bien s’inscrire dans la continuité. Celle de l’exigence, renouvelée chaque vendredi, du changement véritable et du refus de la perpétuation des mêmes pratiques de «l’ancien» système. En parallèle, la crise politique qui n’a pas pris de vacances semble toujours sans issue. Le dialogue entrepris par l’instance de médiation, dirigée par Karim Younès, semble être en cette période estivale la seule activité politique en gestation. Mais cette initiative émanant du pouvoir, afin de dépasser une situation de blocage devenue périlleuse pour la sécurité du pays, brille par son caractère approximatif. Il ne se passe pratiquement plus un jour sans informations sur d’éventuelles adhésions, voire des refus de la part de personnalités politiques connues d’adhérer à une démarche considérée comme bancale. Les partis de l’ex-alliance présidentielle, à l’image du FLN et du RND, ne devraient pas être à l’évidence associés au processus de dialogue. L’instance menée par Karim Younès espère toujours pouvoir rencontrer les principales formations de l’opposition, y compris les partis en faveur d’une constituante, réunis au sein des Forces de l’alternative démocratique. Cependant, malgré les efforts des différentes personnalités du panel dans le sens du dialogue, qui estiment qu’ils sont plus opérants que la situation de blocage particulièrement périlleuse, il semble y avoir comme un décalage par rapport à un mouvement de contestation qui refuse même la démarche dans sa forme actuelle. La mise en place d’un comité des sages, qui aura pour responsabilité de «conforter la mission du panel avec des visions, des conseils et orientations de par sa composante, qui symbolise une rupture totale avec le système», devrait animer la scène dans les jours à venir. Mais subsistera, systématiquement, la question de la composante humaine de ce comité censé donner une caution morale à l’action politique du panel.
Un mouvement inlassable
Le pouvoir a certainement misé sur la lassitude du mouvement populaire, en posture de manifestant hebdomadaire depuis des mois. En plus de l’effet de cet épuisement attendu, il a été manifestement ajouté une pression, en injectant des prétextes de dissensions parmi les manifestants. Sauf que cet essoufflement escompté n’a pas eu lieu. Le résultat est là, le mouvement populaire de contestation semble traverser allégrement la période la plus difficile en termes de mobilisation. Aujourd’hui, il est devenu clair que le Hirak est inévitable pour toute action future, engageant la communauté nationale. L’élection présidentielle, considérée comme l’objectif à atteindre le plus rapidement possible, nécessite inéluctablement un consensus de la majorité des acteurs politiques, mais aussi une adhésion de la population. Le processus est difficilement imaginable sans l’adhésion de la majorité. Le soulèvement du 22 février a ainsi réussi à traverser la saison des canicules et des vacances en conservant la vitalité de ses manifestations, la clarté de ses objectifs et le pacifisme de son expression. La majorité du landernau politique semble en attente de la rentrée sociale pour pouvoir voir mieux se positionner face aux contingences du moment. Il y a comme une expectative de la rentrée sociale où est attendu irrémédiablement le second souffle du mouvement populaire.