Le directeur des éditions Koukou, Arezki Aït Larbi, a dénoncé, hier, «l’interdiction arbitraire» d’une douzaine de livres exposés au niveau des stands de la maison d’édition qui participe au 25e éditions du Salon international d’Alger (Sila).

Par Sihem Bounabi
«Au deuxième jour du Sila, des douaniers se sont présentés au stand de Koukou Editions pour nous notifier – verbalement – l’interdiction d’une douzaine de livres, dont la plupart ont été publiés avant 2021, vendus en librairie depuis des années et exposés lors des précédents Sila», a indiqué l’éditeur dans un communiqué parvenu à la Rédaction. Arezki Aït Larbi explique, également, que lorsqu’il a demandé à l’officier des Douanes chargé d’exécuter la sentence de lui remettre une décision écrite pour permettre aux édition Koukou de faire valoir leurs droits devant les juridictions compétentes, pour seule réponse, l’officier des Douanes lui a montré «la liste officielle des ouvrages blacklistés par la Commission interministérielle de censure. Il a refusé toutefois de nous en donner une copie au motif que cela ne relevait pas de ses prérogatives, mais qu’il allait transmettre notre requête aux autorités concernées». Parmi les ouvrages des éditions Koukou interdits verbalement au Sila 2022, on note l’ouvrage collectif intitulé «Avril 80, insurgés et officiels racontent le «Printemps berbère» qui a été publié en 2010 ! Il y également celui de Djamila Benhabib, «les Soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident», publié en 2013. Autre ouvrage interdit, celui de Tarik Khider, «l’Affaire Khider, l’histoire d’un crime d’Etat impuni». Dans la liste de cette douzaine d’ouvrage des éditions Koukou blaklistés, notons le livre de Hela Ouardi, «les Derniers jours de Mohamed», qui avait déjà subi une tentative de censure, en 2018, et son autre ouvrage, publié en 2019, intitulé «les Khalifes maudits». Parmi les publications les plus récentes des éditions Koukou, indésirables au 25e Sila, le livre sur le Hirak, cosigné par Sanhadja Akrouf et Patrick Farbiaz, «Algérie, la seconde révolution», publié en 2021, et celui portant sur la décennie noire d’Abdellah Agoune, intitulé «Décennie noire : Blouse blanche, Zone grise» publié en 2020.
Suite au passage de l’officier des Douanes et dans une démarche d’apaisement, les éditions Koukou ont décidé de retirer les livres interdits, en attendant une notification écrite, préalable à une procédure judiciaire. Toutefois, l’éditeur s’insurge que «cinq jours après cette opération, nous n’avons reçu aucune notification écrite de l’interdiction». De plus, «dès le lendemain de cette interdiction verbale, une violente campagne de diffamation et d’injures était lancée contre Koukou Editions à travers les réseaux sociaux», affirme-t-il. Le responsable des éditions Koukou tient à souligner qu’à «l’inculture des censeurs de l’ombre, qui décident du sort d’un livre sur la base des seuls titres et des images de couverture, s’ajoute la lâcheté des bureaucrates, qui ont usurpé les prérogatives du magistrat en se défaussant sur les douaniers pour ne pas avoir à assumer les conséquences de leur forfaiture». Dès lors, s’appuyant sur l’article 54 de la Constitution, qui dit clairement que «l’activité (…) des publications ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice», et en attendant de voir la justice reprendre ses droits, les éditions Koukou ont décidé d’assumer leurs droits «en exposant de nouveau les livres outragés dès ce jeudi 31 mars à 14 heures, dans le stand de Koukou, au pavillon central du Sila», annonce Arezki Aït Larbi. Il conforte cette décision en affirmant que «l’arbitraire se nourrit du silence de ses victimes, parce que le respect des lois de la République s’impose d’abord à ceux qui ont la charge de la faire respecter, nous refusons de nous soumettre aux injonctions illégales des censeurs clandestins, en embuscade permanente contre les libertés», a-t-il conclu. n