La Russie poursuit son opération de coupure de gaz à ses clients. Après la Pologne, la Bulgarie et la Finlande, c’est au tour des Pays-Bas et du Danemark de subir la sanction du Kremlin pour avoir refusé de payer, eux aussi, leurs importations de gaz russe en roubles.

Par Feriel Nourine
Gazprom a annoncé, lundi, qu’il cesserait ses livraisons de gaz pour les Pays-Bas. Le groupe russe répliquait à l’annonce, le même jour, de l’importateur gazier néerlandais GasTerra affirmant ne pas se conformer à la demande de Moscou de payer en monnaie russe. La même sanction a été décidée hier contre Ørsted, principal importateur de gaz russe au Danemark. L’importateur néerlandais, qui appartient pour moitié à l’Etat et pour moitié à Shell et Esso, tente de minimiser l’impact de la sanction russe. Il affirme avoir anticipé la coupure en se fournissant ailleurs.
«Cette décision n’a aucune conséquence sur l’approvisionnement physique en gaz des ménages néerlandais», a rassuré le ministre néerlandais du Climat et de l’Energie, Rob Jetten. Mais il ne promet pas de pouvoir assurer l’approvisionnement des entreprises. «Cette décision constitue un nouveau défi, mais ce n’est pas impossible», a estimé ce dernier pendant que des voix s’élèvent pour exprimer leur inquiétude pour la stabilité énergétique du pays l’hiver prochain, sachant que les réserves de gaz néerlandaises sont actuellement basses, avec seulement 38% de la capacité de stockage assurée. Or, il faudra des stocks remplis à 80% d’ici novembre pour faire face à la saison froide sans risque de pénurie. Une équation difficile à résoudre pour le gouvernement néerlandais dans un marché mondial de gaz fortement perturbé par la guerre en Ukraine.
Hier, la Russie a indiqué avoir fermé le robinet du gaz aux deux pays pour «minimiser» l’impact de l’embargo sur son pétrole russe, décidé par l’Union européenne, dans le cadre du 6e paquet de sanctions contre Moscou pour la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine.
«Ces sanctions vont avoir un impact négatif pour l’Europe, pour nous et pour l’ensemble du marché mondial de l’énergie. Mais il y a une réorientation (des exportations) qui va nous permettre de minimiser les conséquences négatives», a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.
Réunis lundi soir à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE sont parvenus à un accord qui interdit immédiatement plus des deux-tiers de leurs importations de pétrole à partir de la Russie et mettra fin à 90% de ces importations d’ici la fin de l’année. Les 27 ont opté pour un embargo progressif qui concerne d’abord le pétrole transporté en bateau, alors qu’une exemption temporaire a été prévue pour le pétrole acheminé par oléoduc, afin de lever le veto sur la Hongrie dont la consommation ne pourrait immédiatement s’affranchir de sa très forte dépendance du brut produit en Russie.
Mais ils sont plus hésitants concernant d’éventuelles sanctions visant le gaz russe, dont ils sont encore plus dépendants. En accueillant les Pays-Bas et le Danemark, la liste des pays de l’Union européenne interdits de gaz russe s’allonge. Elle pourrait même compter d’autres clients de la Russie qui refusent encore de se plier aux exigences du président russe, Vladimir Poutine, de régler leurs factures d’importations gazières en roubles. D’autres membres de l’UE, dont la consommation en gaz grandement dépendante de la production russe, ont, quant à eux, préféré éviter toute mauvaise surprise, et ont déjà ouvert un compte en roubles, tel qu’exigé par le Kremlin. C’est le cas notamment de l’Allemagne, l’Italie et la France.
Premier producteur mondial de gaz, la Russie a vu ses exportations fortement diminuer sous l’effet de la guerre en Ukraine et les perturbations engendrées par ce conflit au marché. Celles-ci ont chuté de 27,6% entre janvier et mai 2022 par rapport à cette même période de 2021, a annoncé hier Gazprom.
«Les exportations vers les pays de l’étranger lointain (ne comprenant pas les pays de la CEI, ndlr) se sont établies à 61 milliards de mètres cube, soit 27,6% (23,2 milliards de mètres cubes) de moins que pour la même période de 2021», a indiqué le groupe énergétique russe, cité par l’AFP, sans donner plus d’explications sur les raisons de cette baisse. Laquelle semble concerner principalement l’Union européenne, puisque Gazprom précise qu’il livre le gaz «conformément aux commandes confirmées», ajoutant que «les exportations de gaz vers la Chine, par le gazoduc Power of Siberia, augmentent, dans le cadre d’un contrat à long-terme entre Gazprom et CNPC».
Dans son communiqué, Gazprom a par ailleurs indiqué que les réserves de gaz dans les installations de stockage souterrain européennes étaient de 20,4 milliards de mètres cubes de gaz. De plus, les livraisons de gaz russe transitant par l’Ukraine ont baissé après que les forces russes ont pénétré dans des installations gazières dans la région de Lougansk (est), indique la même source, avant de mettre en avant les difficultés qu’auront les pays européens à parer à ce type de déficit et à renforcer leurs stocks selon leurs objectifs.
«Pour atteindre l’objectif de remplissage à 90% des installations de stockage affiché par l’Union européenne, les entreprises devront pomper 42 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz», affirme en ce sens le groupe russe. n