L’appel du muézin en cette nuit de jeudi à vendredi est soudain couvert par un brouhaha venant de la gare ferroviaire. Les centaines de supporters des clubs algérois et tizi-ouzouien, débarquant du train Alger-Constantine, ne se font pas discrets. Les slogans à la gloire de leurs équipes fusent de toutes parts.

Les quolibets aussi. Les insultes surtout. Il était à peine 4h30. Les agents de la SNTF, rompus à ce genre d’évènements, anticipent en faisant sortir les supporters des quais par des portes différentes et pas en même temps. Ce n’était que partie remise, malheureusement. Mais dès 9h, ça partira dans tous les sens. Flash back. Mercredi, on croisera au commissariat central plusieurs journalistes venant s’enquérir des mesures prises pour la rencontre à très hauts risques. Des confrères de la Chaîne III annoncent la venue de Maâmar Djebbour, qui voudrait savoir si « la partie est jouable » eu égard aux passifs entre les supporters du MCA et de la JSK, d’une part, et ceux du MCA et du CSC, d’autre part. C’est que le club constantinois s’est invité à «la fête » dès l’annonce du déroulement de la rencontre à Constantine. La JSK connaissant la rivalité … extra sportive entre Constantinois et Algérois a choisi Constantine pour s’assurer d’un plus, le supporter du CSC. Mauvaise idée. On nous expliquera au central que toutes les mesures pour contrer des débordements éventuels sont prises. Au stade du Heysel, Belgique, des mesures ont été prises aussi. Bilan : 85 morts dans la finale de la Coupe des champions, dénomination de l’époque, entre la Juve et Liverpool. Des heurts entre des jeunes s’affichant supporters du MCA et d’autres s’exhibant de la JSK commenceront dès 9h. Des voyous se réclamant du CSC se mêleront à « la fête», aux bastonnades, aux batailles rangées. Les Constantinois iront se terrer chez eux en attendant que les choses se calment. Que l’appel à la prière du vendredi puisse peut-être modérer les ardeurs. Les sirènes des ambulances exprimeront le contraire. Leur va-et-vient  incessant, des abords du stade Hamlaoui vers le CHU troublera la quiétude d’un vendredi si calme d’habitude.
Au stade, si les supporters, après les échauffourées sur le tarmac du parking, seront séparés au niveau des tribunes, ils auront le temps d’avoir « des discussions» très violentes à l’entrée commune vers les tribunes.
Au CHU, on nous assurera de l’enregistrement de jeunes blessés depuis le début de la matinée. « Des dizaines, je n’ai pas le temps de compter», nous dira un jeune médecin qui s’empressera de retourner mettre un «chèche » sur la tête d’un jeune d’à peine 20 ans, arborant un maillot du Mouloudia.
Dans les travées du stade Hamlaoui, la violence prendra du galon avec des bagarres entre supporters des… trois camps. Des centaines de pierres feront éclater des têtes. Beaucoup de têtes. La police, gourdin dans une main et bouclier dans l’autre tenteront de calmer, puis chargeront des jeunes hystériques. Camion arroseur en appoint. Les gardiens de buts refuseront un temps de jouer car s’exposant aux centaines de projectiles qui leurs sont adressées. Maâmar Djebbour s’égosillera dans son micro, espérant donner à ses auditeurs autre chose que la description d’un non-match et d’une bagarre sur et en dehors de la pelouse. Des supporters, (supporters ?) seront encore envoyés vers l’hôpital. Il y a un manque d’ambulances. Qu’importe, les blessés attendront « leur tour » allongés sur le sol.
Finalement qui s’est qualifié pour la finale ? Le MCA ou la JSK ? Pour rester dans l’ambiance et le jargon du jour : on s’en fout ! L’histoire retiendra que la violence l’a remporté sur le fair-play sur un score fleuve. Et la partie n’est pas encore terminée puisqu’il y aura des prolongations après le match et lors du retour vers Alger et Tizi.