Par Khaled Remouche
Pour la première fois depuis 2014, l’Algérie réalise un solde positif de sa balance des paiements et de surcroît très important. Ce qui pourrait hisser nos réserves de change à hauteur de 54,6 milliards de dollars l’année en cours.
L’année 2022 se caractérise par une embellie financière similaire à celles des exercices d’avant la chute des prix du baril en 2014. A cet égard, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a confirmé l’amélioration des indicateurs macro-économiques du pays.
Il avait indiqué le 6 novembre à l’APN que les recettes hydrocarbures atteindraient plus de 50 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année en cours, contre des prévisions de 39 milliards de dollars. A cela s’ajoutent les recettes hors hydrocarbures qui pourraient s’élever entre 6 à 7 milliards de dollars en 2022, chiffrées à 5 milliards de dollars à fin septembre 2022. Ces exportations pourraient donc passer à 56, 57 milliards de dollars l’année en cours. De quoi contribuer à reconstituer les réserves de change qui au cours de la période de crise, c’est-à-dire de 2014 à 2020, ont fondu de 200 milliards de dollars à 42 milliards de dollars.
Le ministre des Finances a, lui, au cours de la présentation récemment du Projet de loi de finances 2023 devant la commission finances de l’APN, indiqué que les réserves de change atteindraient 54,6 milliards de dollars en 2022 et 59,7 milliards de dollars en 2023, soit de quoi assurer respectivement 14,3 mois d’importations et 16,3 mois d’importations. L’excédent de la balance des paiements atteindrait plus de 11 milliards de dollars, soit un niveau jamais atteint depuis la chute des prix du pétrole en 2014.
Au chapitre budgétaire, les recettes fiscales pétrolières pourraient également s’élever en 2022 à plus de 4 000 milliards de dinars, a indiqué le ministre de l’Energie, un niveau supérieur à celles des années d’avant la crise de 2014, contre des prévisions de recettes à hauteur de 3 200 milliards de dinars.
Avec ces indicateurs au vert, la récurrente question de la bonne utilisation de tous ces excédents se pose de nouveau. Une partie de ces excédents sera absorbée par l’augmentation des salaires, des pensions de retraite et de l’allocation chômage prévue en 2023, tout comme à réduire le déficit budgétaire prévu à hauteur de 5 000 milliards de dinars dans la loi de finances complémentaire de 2022. Les ponctions sur les excédents des banques et des entreprises publiques saines contribuent également à réduire ce déficit.
L’augmentation salariale et des pensions de retraite, bien que salutaire en raison de la chute du pouvoir d’achat ces dernières années, risque – quitte à le répéter – d’être absorbée par la hausse importante des prix en l’absence d’une contrepartie productive. Une autre partie de ces excédents ira vers l’augmentation des dépenses d’équipement en 2022 et 2023. En effet, d’importantes enveloppes sont destinées au dégel de projets, notamment dans la santé, les plans communaux de développement, les nouveaux programmes d’électrification dans les zones rurales, de gazéification (55 milliards de dinars).

L’épineuse question des surcoûts des projets
Cependant, le Projet de loi de finances 2023 ne présente pas le montant réservé aux restes à réaliser et aux réévaluations des projets qui restent importantes. La problématique du management des projets se pose avec acuité à l’échelon des collectivités locales et dans le BTPH, d’où la récurrence des surcoûts et donc de gaspillage de l’argent public dus à des glissements dans le planning des travaux, des problèmes de qualité des études notamment de sol et de mauvais choix des entreprises. En sus de la mécanique de décaissement du Trésor, considérée comme lente, qui aura pour conséquence des retards dans le paiement des situations de travaux et donc sur les délais de réalisation. Il faut également ajouter la faible consommation des crédits par les collectivités locales qui dénote en partie un sous-encadrement au plan du management des projets.
Quant aux réserves de change, qui sont placées principalement en bons du Trésor américain, se pose la question de l’efficience de ces placements. En d’autres termes, n’y a-t-il des placements dans des titres ou des fonds plus avantageux. Cela fait plusieurs années que la Banque d’Algérie ne communique pas sur ce sujet ou sur ce que rapportent ces placements annuellement.
Selon un spécialiste financier qui a eu accès aux informations de la Fed, la Banque centrale américaine, une bonne partie de nos réserves de change sont placées dans des banques européennes triple A. K. R.