Remarquable à plus d’un titre, certainement l’un des premiers – en tout cas, l’un des trop rares – ouvrages de science-fiction à être proposés dans le paysage» littéraire algérien. Les éditions Frantz Fanon ont osé le pas avec la publication du quatrième roman de l’écrivain et journaliste Ahmed Gasmia «les Peuples du ciel».

Une création de pure fiction de près de 250 pages et que l’éditeur nous avait présentée à sa sortie lors du dernier Salon du livre en insistant sur le caractère inédit du travail d’Ahmed Gasmia. Un « texte extraordinaire et unique dans le paysage littéraire algérien ou même mondial», nous avait ainsi déclaré l’éditeur Amar Ingrachen.
En effet, et sans dévoiler l’intrigue ou le fond d’un récit captivant, l’auteur se détache dès les premières pages de toute référence à un moment ou un lieu connu, pour plonger le lecteur dans un monde imaginaire. On y découvre ainsi, après une introduction, mettant en scène une bataille entre deux clans rivaux, que l’action, loin d’être dans le passé comme l’évoque les armes utilisées par les combattants, se déroule en fait en l’an 2356 sur la planète Alkium, une «jumelle miniature de la Terre» où vivent les Goranes, un peuple «issu» de la Terre, mais dont l’évolution, la génétique, la croissance, et bien sûr la culture, les croyances et le langage sont radicalement différents. Et c’est ainsi que plusieurs personnages apparaîssent – des Terriens cette fois, des scientifiques, notamment le biologiste Safwan Morky, le généticien Dan Kaz… puis encore l’anthropologue Ali Daymal qui sera véritablement au centre de l’intrigue. Et c’est ce dernier personnage qui, depuis la station spatiale «Idya», recevra la mission de suivre, de préférence «à distance », l’évolution d’un peuple encore dans ses premiers âges. «Il y a bien des humains sur Alkium (…) mais ce ne sont pas des Terriens»… Texte qui réserve ainsi de nombreux rebondissements, écrit presque à la manière d’une œuvre de cinéma, une des autres passions Ahmed Gasmia, qui transparaît dans un style visuel, alternant les «étapes» de l’histoire avec des descriptions des lieux, des caractères des personnages ou encore de courts dialogues.
Une technique qui donne presque une impression de «voir» le déroulement du récit. Il est également à préciser que l’idée du roman «les Peuples du ciel» porte en elle une véritable profondeur, en s’attardant sur la manière dont évolue un peuple, mais aussi en posant la question de «ce qui fait l’être humain», sa personnalité, son discernement, sa capacité à faire le bien ou le mal… des thématiques qui évoquent bien d’autres sujets, ou contextes, et que l’auteur et l’éditeur ont mis en avant en reprenant une phrase sur la quatrième de couverture : «Lorsque vous avez le contrôle absolu sur les gens (…) vous ne pouvez plus jamais être la même personne… Vous perdez une partie de ce qui fait de vous un être humain… le professeur Kaz est tombé dans ce piège». Un traitement de la personnalité humaine, des mécanismes derrières nos choix que l’auteur avait, pour rappel, abordé dans ses précédents ouvrages, toujours dans le style de la fiction, du polar, de l’imaginaire «Complot à Alger» (édition Casbah, 2007), «Ombre 67» (2014)
et «Promesse de bandit» (2018).