Le procès des deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, de plusieurs hauts responsables ainsi que d’hommes d’affaires, programmé hier au tribunal de Sidi M’hamed, a été finalement reporté au 4 décembre, c’est-à-dire mercredi prochain. Ce report intervient sur une requête des avocats de la défense qui ont basé leur demande sur «l’impossibilité de la tenue du procès dans ces conditions».

Ce procès concernant l’affaire du montage automobile, mettant en cause les deux anciens Premiers ministres accusés d’avoir accordé des « privilèges » à des hommes d’affaires, à l’image de Mahiedine Tahkout, Mourad Oulmi et Ali Haddad, est pleins d’irrégularités. En effet, après la reconduction des prévenus à la prison d’El Harrach dans des fourgons cellulaires, les avocats de la défense n’ont pas manqué de dénoncer les innombrables irrégularités du procès. Maître Abdelmadjid Sellini, membre du collectif de défense et bâtonnier d’Alger, a d’emblée annoncé à la presse la décision de la défense de « boycotter les audiences du procès des accusés dans l’affaires des usines de montage automobile » au motif que « la justice dans ce procès va dans le sens de règlements de comptes et de la vengeance ». Plus précis, il expliquera que « dans les conditions actuelles, caractérisées par le règlement de comptes et des vengeances, il n’est pas possible d’assister à un procès équitable. Le respect des droits et l’indépendance de la justice et des magistrats ne sont pas réunis dans ce procès ». Sellini, qui fera observer que le collectif des avocats « n’a pas d’orientation politique », regrettera la situation de la justice. « Nous avons vu des citoyens emprisonnés parce qu’il ils ont manifesté et on leur a imputé des accusations pénales qu’on n’a même pas utilisé lors de la période du terrorisme » dans ce Tribunal, a-t-il ajouté, avant de préciser : «Ce genre de pratiques n’est pas juste». Maître Sellini n’a pas manqué d’insister que « la Constitution indique que le Premier ministre doit être jugé par la Haute Cour, or on les a ramenés vers la basse Cour » ! « Nous n’acceptons jamais la justice du téléphone et la justice politisée avec les échéances électorales », a-t-il lancé sur un ton des plus fermes. Selon lui, « la justice ne sera correcte que lorsque les choses se stabiliseront ». « C’est pour cela que nous avons décidé de boycotter les audiences et nous ne les cautionnons pas », soutient-il.

Cacophonie au Tribunal de Sidi M’hamed
Les alentours du tribunal de la rue Abane-Ramdane étaient bondés très tôt hier matin. En effet, la déclaration faite la veille par le ministre de la Justice, Zeghmati, annonçant la possibilité pour les citoyens d’assister au procès en question, a eu pour effet de voir la présence de centaines de personnes aux abords du tribunal. Mais l’accès à l’enceinte judiciaire s’est avérée malaisée, non seulement pour les simples citoyens désireux de voir de visu les ex-Premiers ministres à la barre, mais également pour les journalistes venus couvrir l’évènement. En effet, à 9H15, le premier étage abritant la salle d’audience était inaccessible contraignant les citoyens à s’amasser au niveau des escaliers. Vers 10H, l’arrivée au tribunal des prévenus de la prison d’El Harrach a eu pour effet de galvaniser la foule restée à l’extérieur de l’enceinte judicaire qui ont scandé des slogans chers au Hirak à l’instar « klitou labled ya serrakine », « pour une justice indépendante », ou encore
« pour un procès réel ». Mais les citoyens resteront sur leur faim puisque ne pouvant approcher les prévenus compte tenu de l’imposant dispositif de sécurité déployé à cet effet. Aussi l’importante présence des citoyens venus assister au procès a également empêché les prévenus de monter jusqu’à la salle d’audience. Ils ont été maintenus une heure durant dans le sous-sol. Entre temps, de plus en plus de citoyens affluaient vers la salle du procès rendant impossible l’acheminement des prévenus au premier étage. C’est avec une très grande difficulté que les services d’ordre ont pu se frayer un chemin pour permettre aux accusés de gagner la salle d’audience à laquelle il n’y avait accès que pour les juges et pas tous les avocats. « Je n’ai pas pu accéder à la salle à cause du monde », a déclaré à la presse Maître Hakim Saheb, avocat d’un cadre du groupe ETRHB, avant de soutenir qu’« il s’agit d’une parodie de justice ». De leur côté, ni les citoyens ni les journalistes n’ont eu accès à la salle. Bousculades, colères, empoignades… C’est que tout le monde voulait assister à l’audience pensant que le procès allait avoir lieu. Jouant des coudes et interpellant les avocats sur l’impératif de leur présence au sein de la salle des audiences, les journalistes se sont vu tout simplement rabrouer. Contraints d’attendre à l’extérieur, les citoyens tout comme les journalistes n’ont pas manqué de dénoncer à l’unisson l’atteinte à la liberté de la presse. « Sahafa houra dimoukratia » scandaient les journalistes et les citoyens désireux d’assister au procès. Mais finalement, l’attente n’a pas été longue puisque les avocats sont sortis 20 mn après pour annoncer la décision du juge qui a prononcé le report de l’audience au 4 décembre. Les journalistes qui se sont précipités à l’intérieur de la salle d’audience pour interroger le juge ont été surpris par l’exiguïté de la salle d’audience. Très décontenancé pour leur part, les citoyens qui attendaient de voir les prévenus sont restés frustrés puisque ces derniers ont été évacués par une porte dérobée.