Publié par les éditions Chihab et disponible en librairie depuis le dernier Sila 2019, « Mémoires d’un insoumis », un ouvrage du moudjahid Mohamed Issiakhem, rédigé en collaboration avec l’historien Daho Djerbal, a été présenté samedi, lors d’une rencontre-débat organisée
à la librairie Chihab (Bab El Oued).

Par Nadir Kadi
L’Occasion pour l’auteur et l’historien de revenir sur un récit – à la fois historique et autobiographique – où il est tour à tour question de missions d’apprivoisement en armes et équipement pour les combattants de l’ALN, de tentatives d’assassinat auxquelles a échappé l’auteur, de trahison politiques… mais surtout d’un engagement « personnel » pour l’indépendance du pays, loin de toute allégeance politique. Le parcours d’un « indépendantiste non-militant », dira l’historien Daho Djerbal.
Ouvrage, relativement court, mais extrêmement riche en informations, avec près d’une centaine de pages de texte, accompagné de documents et photographies d’époque, le texte, écrit comme une succession de souvenirs revient ainsi sur le parcours et l’engagement « extraordinaires » d’un homme, paradoxalement « sans attaches politiques ; un choix pragmatique étant donné ses relation de travail », écrit-il. «… Je serais beaucoup utile comme cela » à la cause. L’historien Daho Djerbal expliquera pour sa part que Mohamed Issiakhem a été « un homme ‘normal’ qui a vécu des évènements extraordinaires ». « Il est à sa manière le reflet de l’engagement de la société algérienne, car l’histoire de la lutte d’indépendance n’est pas seulement celle des organisations officielles. Elle est aussi l’action de personnes anonymes. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour documenter cet aspect de notre passée », a relevé Daho Djerbal. En effet, Mohamed Issiakhem (cousin du célèbre artiste) né en 1931 à Alger, « enfant » de Belcourt, sera très jeune (en 1952) l’héritier et l’administrateur de la société de négoce international de son père ; une position qui lui permettra d’agir dans l’ombre pour l’indépendance du pays. L’une de ses premières actions, explique-t-il, ayant été d’importer des équipements pour les maquis de l’ALN. « Les militants au maquis n’avait presque rien (…) grâce à l’entreprise, il m’a été possible d’importer des chaussures, des Pataugas, ainsi que des tenues de France. Elles ont été immédiatement distribuées ». Multipliant ainsi les contacts avec les figures du milieu indépendantiste, ses amis d’enfance pour la plupart. L’autre tournant de sa vie interviendra lorsqu’il refusera l’appel sous le drapeau français. Recherché et contraint à l’exil, ce sera à partir de Tripoli puis, d’Europe, qu’il continuera son action. L’auteur explique les « difficultés » du métier de « trafiquant d’armes », notamment son arrestation rocambolesque à l’aéroport de Genève…
L’ouvrage revient également sur l’action des services secrets français, le SDECE, mais aussi de la « Main rouge ». La lecture du récit de Mohamed Issiakhem est également une remise en contexte, un retour à ce que devait être la vision des choses d’un jeune Algérien durant les années 1950. « Pour nous Alger était divisée en deux. Belcourt, Soustara, la Casbah, pour nous, c’était cela la capitale. Tout le reste était pour les colons ». Une situation ou « deux » communautés vivaient en parallèle que l’ouvrage qualifie néanmoins « d’école » du nationalisme. n