Le très attendu procès des deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mis en détention provisoire dans le cadre des enquêtes sur les indus avantages attribués à certains hommes d’affaires ayant investi dans le montage automobile, s’ouvre aujourd’hui au tribunal de Sidi M’hamed. Ce sera un procès public, a indiqué, hier, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati.

La retransmission du procès à la télé sera strictement interdite, mais les citoyens peuvent y être pour suivre le procès à l’intérieur des salles d’audience, a précisé, hier, le ministre de la Justice, lors d’une cérémonie dédiée à l’installation du nouveau directeur général des prisons. En tout cas, le procès est historique et promet des surprises certaines, tant il est vrai que les chefs d’accusation adressés aux deux anciens Premiers ministres sont loin d’être anodins. Sur la question de l’habilitation du tribunal de Sidi M’hamed de juger les hauts responsables de l’Etat, le ministre de la Justice a indiqué que « la Constitution prévoit la constitution d’une cour spéciale, mais qui n’existe pas dans les faits ». Dans ce cas, est-ce que les ministres et les Premiers ministres sont exempts de poursuites, s’est interrogé le ministre, avant de répondre qu’il était hors de question que les anciens ministres puissent échapper aux poursuites, même dans le cas où la Cour prévue par la Constitution n’existe pas. « Ces ministres peuvent être jugés dans un tribunal outre que la Cour spéciale prévue par la Constitution et la cour de Sidi M’hamed est habilitée à le faire », a-t-il précisé sur sa lancée. Belkacem Zeghmati a souligné que les ministres qui figureraient au banc des accusés sont ceux qui sont concernés par le dossier du montage automobile. Outre les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, plusieurs autres ex-hauts responsables, dont les deux anciens ministres de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda en l’occurrence, actuellement en détention à la prison d’El Harrach, devraient répondre aux questions des juges dans le même dossier. Ahmed Ouyahia est poursuivi pour « octrois d’indus avantages à autrui lors de passation d’un marché en violation des dispositions législatives et règlementaires, abus de fonction, conflit d’intérêts, corruption lors de passation de marchés publics ». Abdelmalek Sellal est lui aussi poursuivi pour octroi d’indus avantages au titre de l’octrois de marchés publics et de contrats, dilapidation de deniers publics, abus de fonction, conflit d’intérêts, blanchiment d’argent et participation au financement occulte de la campagne électorale concernant l’affaire Mazouz Ahmed. L’ex-ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, est poursuivi pour « octroi d’indus avantages à autrui lors de passation d’un marché en violation des dispositions législatives et règlementaires, abus de fonction, conflit d’intérêts, corruption lors de passation de marchés publics et dilapidation de deniers publics ». Il est attendu que l’autre ancien ministre de l’Industrie, Mahdjoub Bedda, comparaîsse aussi dans le même dossier. Il a été entendu dans l’affaire Hacène Arbaoui, propriétaire de la marque automobile (KIA). Mahdjoub Bedda est soupçonné d’avoir octroyé d’indus avantages aux propriétaires de sociétés de montage de véhicules. Dans le même dossier, le Conseiller instructeur près la Cour suprême avait ordonné la mise en détention provisoire des deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, à l’issue de leur audition dans le cadre d’enquêtes anti-corruption concernant plusieurs affaires, dont celles de Mahieddine Tahkout (CIMA motors), Oulmi Mourad (Sovac), Hacène Arbaoui (Kia) et Mazouz Ahmed (Groupe Mazouz). Tous ces derniers sont actuellement en détention provisoire à la maison d’arrêt d’El Harrach. Eux aussi devraient comparaître dans le même dossier. C’est un procès historique. Depuis le procès Khalifa, jamais une affaire de justice n’a drainé autant d’anciens hauts responsables.<