Avant-hier, le CR Belouizdad et le MC Alger ont fait match nul (2/2) dans le duel au sommet de la 12e journée de Ligue 1.
Si le scénario de la rencontre, plus que le contenu technique, était spectaculaire et à rebondissements, dans les gradins du stade Omar Hamadi (Bologhine), l’atmosphère était très pesante. Une certaine animosité était même palpable avec des véhémences et une violence verbale glaçante. Sans oublier ces bouteilles, les pierres et les baskets qui fusaient sur la pelouse. De scènes désolantes venues rappeler la réalité de notre football et la qualité des gens qui se trouvent dans les tribunes.

Au moment où l’on rêve d’une Algérie meilleure et fraternelle, on se retrouve confrontés à la situation réelle d’une société à l’opposé de celle qu’on voit sur les réseaux sociaux. Sans cesse, on aura rappelé que ce sont nos stades qui ont longtemps maintenu la voix de contestation et la liberté d’expression. Les chants anti-système y ont toujours été légion. D’ailleurs, beaucoup de chansons sont devenues cultes à l’instar de la « Casa del Mouradia » chantée par les supporters de l’USM Alger.
Elle a été reprise en chœur dans le « Harak » lors des manifestations du vendredi alors que d’autres « punchlines » sont entonnées dans les rues algériennes avec la mélodie des hymnes chantés habituellement dans nos enceintes. On comprend par-là que la jeunesse est très présente dans ses parades et qu’elle prend l’initiative de donner de la voix lors des marches. Et puis, en regardant la télévision ou en se rendant au stade, on se heurte à ce constat inquiétant qui fait état d’une certaine schizophrénie chez nos jeunes.
Pacifiques et exemplaires le vendredi, le jour du match, surtout quand il y a un enjeu ou une rivalité historique entre les deux camps, on bascule dans une incontrôlable animosité. Un comportement inacceptable et vivement condamnable. Une attitude révélatrice de ce qu’est devenue notre société aujourd’hui : un concentré de haine, de l’irrespect et de la déchéance déclinée sur plusieurs aspects six jours sur sept. Comme quoi, le verbe « vendredir » se conjugue à l’imparfait.
Célébrations véhémentes
L’Algérien ne supporte pas de perdre. Pour lui, gagner c’est se sentir fort. Peu importe la manière. Et dès qu’il voit qu’il ne peut pas obtenir ce qu’il veut par la voie réglementaire, il bascule dans l’épreuve de force. A ses yeux, le plus fort n’est pas le plus talentueux mais le plus « bad boy », voire le plus voyou. Celui qui intimide le plus. Quitte à mettre l’intégrité physique de l’autre en péril.
Lors de l’explication entre le « Mouloudia » et le « Chabab », l’exigüité de l’antre de Saint-Eugène a démontré, de manière clairement visible, que le clivage entre la prétention et la réalité est vaste. Aussi, la façon de célébrer chez Abderrahmane Hachoud et les mots qu’il a proférés pour montrer sa joie et son attachement aux couleurs de son sigle reflètent, quelque part, ce qu’est l’Algérie aujourd’hui : des trépanés du cerveau qui poussent le ballon et les gens à se lapider ; à se détester.
Malheureusement, ce qu’on surnom « le sport roi » n’apprend aucune noblesse. Il ne fait que pourrir les mentalités et encourager le régionalisme voire, à une échelle plus grave, le « houmisme ». Personne ne piffe personne. On se déchire pour un cuire dans une société cramée. Peut-être que ces mots sont durs à encaisser. Peut-être que certains penseront que la situation a été sur-dramatisée. Mais on n’a pas besoin de faire des études en sociologie pour se rendre compte que les bonnes manières souffrent d’une véritable hémorragie. Les stades sont révélateurs de l’état d’esprit sociétal. Quand l’honneur et la quiétude se résument au football, c’est que c’est vraiment le foutoir. n