Le Parlement irakien a accepté, hier dimanche, la démission du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi, alors que les violences ont fait un nouveau mort à Bagdad, au moment où une journée de deuil a été célébrée par les contestataires qui continuent d’investir la rue dans la capitale Bagdad et dans d’autres villes du pays pour réclamer le départ de la classe politique dirigeante.

L’Assemblée, qui s’est réunie en ce premier jour de la semaine, a annoncé qu’elle allait demander au président de la République, Barham Saleh, de nommer un nouveau Premier ministre. Avant l’ouverture d’une nouvelle séance du Parlement, un nouveau manifestant a été tué par balles dans la capitale, ont indiqué des médecins. Le bilan dans ce pays agité depuis deux mois par un mouvement de contestation réclamant le départ de la classe politique dirigeante a atteint plus de 420 morts et des milliers de blessés. De nouveau, les manifestants occupent les places de la quasi-totalité des grandes villes du sud. Car même si la démission du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi était acceptée, pour eux, c’est « tout le système politique qu’il faut changer ». Ils réclament en outre le renouvellement complet d’une classe politique qui a déjà fait s’évaporer l’équivalent de deux fois le PIB de l’un des pays les plus riches en pétrole au monde. Pour la première fois en deux mois de manifestations endeuillées par plus de 420 morts et des milliers de blessés, un officier de police a été condamné à mort pour avoir tué deux manifestants à Kout, au sud de Bagdad. Les autorités, qui accusent depuis le 1er octobre « des tireurs non identifiés » de viser indifféremment manifestants et forces de sécurité, a reconnu par endroits un « usage excessif de la force ». Elles ont aussi limogé en quelques heures un militaire qu’elles avaient dépêché pour « restaurer l’ordre » à Nassiriya, la ville d’origine de M. Abdel Mahdi, mais qui y a ouvert les portes du chaos jeudi. Le calme est revenu samedi soir dans cette ville, après sa reprise en main par les dignitaires tribaux qui ont fait sortir leurs combattants en armes. Dimanche, les tribus de la ville sainte chiite de Najaf, elle aussi entrée dans une spirale de violences avec l’incendie mercredi soir du consulat d’Iran, tentait d’intercéder pour que les tirs cessent. Là, aux abords du mausolée d’une figure tutélaire d’un parti chiite, des hommes en civils ont tiré sur les manifestants qui ont déjà incendié une partie du bâtiment. Après la mort depuis jeudi d’une vingtaine de personnes, pour beaucoup sous les tirs de ces hommes, les habitants redoutent que la situation ne dégénère plus encore. La démission du gouvernement n’est qu’une « première étape », ont répété à l’envi les manifestants dimanche sur les places de Bagdad et des grandes villes du sud.

Abdel Mahdi, Parlement, partis, Iran…
Alors que les cercles politiques ont déjà fuité des noms, comme des ballons d’essai, tous sont rejetés sur la place Tahrir de Bagdad où les défilés du jour se sont transformés en processions funéraires, y compris à Mossoul, la grande ville sunnite du nord, où des centaines d’étudiants vêtus de noir se sont rassemblés. Les provinces sunnites, reprises au groupe Etat islamique (EI) il y a deux ans, s’étaient tenus à l’écart du mouvement jusqu’ici. Si leurs habitants se plaignent des mêmes maux que dans le sud, ils redoutent d’être taxés de nostalgiques du pouvoir de Saddam Hussein ou de celui de l’EI, accusations déjà portées ailleurs contre les manifestants par leurs détracteurs. Après deux mois de contestation, Zahra Ahmed, étudiante en odontologie à Mossoul, interrogée par l’AFP, estime toutefois que « c’est le minimum » à faire « pour les martyrs de Nassiriya et Najaf », deux villes du sud où près de 70 manifestants ont été tués ces trois derniers jours. « Nous sommes présents, tout l’Irak est présent, maintenant le gouvernement doit répondre aux revendications », a renchéri Hussein Khidhir, étudiant en sciences de l’Education.
Vendredi dernier, une autre province sunnite, celle de Salaheddine, au nord de Bagdad, avait déclaré trois jours de deuil. Dimanche, huit provinces du sud chiite ont observé ce deuil. Les autorités locales y ont même décrété un jour chômé pour les fonctionnaires.n