Aucun candidat à la présidentielle n’échappe à ce dangereux travers : l’augmentation des dépenses publiques qui risque d’entraîner leurs engagements électoraux…

En effet, si on se penche sur le volet développement local dans leurs programmes électoraux, le candidat Azzeddine Mihoubi propose par exemple un ambitieux programme de développement du Sud appelé « Rêve du Sahara ». Ce plan comporte la réalisation de nouvelles villes, d’un gazoduc Alger-Lagos lié à un réseau d’exportation vers l’Europe, le parachèvement de la Transaharienne Alger-Lagos, des zones franches dans les régions frontalières. Dans l’un de ses discours à l’occasion de cette échéance électorale, le candidat du RND a même proposé la réalisation d’une voie ferrée transsaharienne reliant Alger à Tamanrasset. Mais, Azeddine Mihoubi ne nous dit pas comment il compte financer ces grands projets, alors que l’Algérie vit une crise financière aiguë caractérisée par de graves difficultés budgétaires entraînant une réduction des investissements publics, en particulier en direction du développement local. Le nouveau Président fera face à cette dure réalité qu’il devra surmonter avec le risque de répercuter sur la population le coût social des erreurs du passé, en particulier une tendance hyper dépensière au cours des dix dernières années, qui est en partie à l’origine de la crise financière que vit le pays.
Encore une fois, le principe de rationalité économique ou de bon sens économique demeure absent. « Il convient de penser recettes avant dépenses », insistait sur ce point le Professeur en économie Sid-Ali Boukrami.
Même topo pour le candidat Ali Benflis. Cet ex-chef de gouvernement promet la mise en oeuvre de programmes spéciaux pour remédier au déséquilibre régional, de fonds dédiés au Sud et aux Hauts-Plateaux. Abdelaziz Belaïd, le candidat du parti El Moustakbel, dans la même veine, s’engage à lancer un programme global pour accompagner le développement dans le Sud. Il promet de conférer un rôle pionnier à l’investissement dans des mégas projets du Grand-Sud… Point de détails sur le financement de tous ces programmes et de tous ces grands projets.
Le candidat du mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina va plus loin, lui. Il s’engage à porter la part de l’énergie solaire dans le mix énergétique à 65% à l’horizon 2025, soit en 5 ans, là où les pays les plus avancés dans ce domaine n’ont pu faire augmenter de 20 à 40% les énergies renouvelables qu’au terme de dix à vingt ans ! Sa volonté de le financer avec le concours du privé national et étranger se relâchera sans doute lorsqu’il s’agira d’affronter les difficultés de mettre en oeuvre ce programme irréaliste.
Au chapitre agriculture, Abdelmadjid Tebboune s’engage à lancer un plan d’urgence pour la modernisation de l’agriculture afin de la rendre plus apte, selon lui, à garantir la sécurité alimentaire du pays. Tebboune prévoit 19 mesures dans ce volet dont un plan d’investissement stratégique sur le modèle de production intensive des céréales dans les régions sahariennes… Il s’engage à porter la part de l’agriculture à 20% du PIB à l’horizon 2025, contre 12% actuellement. Alors que Azzedine Mihoubi s’engage à mettre en valeur les terres en jachère.
Au volet ré-industrialisation du pays, le candidat s’engage à porter la part de l’industrie à 20% à l’horizon 2025 contre 5% actuellement, Ali Benflis prévoit de le porter à 10%. Il promet un plan d’urgence d’ici 2024. Abdelmadjid Tebboune s’engage à réviser la politique de montage notamment automobile en vue d’accroître le taux d’intégration.
Toutes ces promesses, tous ces engagements, tous ces plans de développement sectoriels demandent finalement beaucoup de fonds que la situation financière de 2020 ne pourra assurer.
Réactivation du Haut conseil de l’énergie, reconduction du fonds de régulation des recettes, création d’un fonds souverain
Cependant, dans le volet système bancaire et financier, les candidats proposent des recettes pour surmonter la crise financière actuellement sans toutefois les relier au financement de leur programme de développement du pays. Le plus pertinent semble celui du candidat Ali Benflis. Il propose la récupération des crédits indus octroyés à des projets non réalisés, la cession des actifs des entreprises publiques non stratégiques (privatisation), la relance des programmes de privatisation par le biais du marché boursier, la reconduction du fonds de régulation des recettes, la création d’un fonds souverain encadré par une loi organique et contrôlé par le Parlement. Il s’engage à consacrer l’indépendance de la Banque d’Algérie. Abdelmadjid Tebboune, lui, propose une grande réforme du système fiscal, un moyen d’orientation économique et d’encouragement de la production nationale à travers la numérisation des services des impôts, des services à l’importation et du cadastre, la mise en oeuvre d’une démarche budgétaire rénovée pour préserver les équilibres financiers, la lutte contre la surfacturation, la pénalisation des infractions. Abdelkader Bengrina suggère de renoncer à la planche à billets. Des propositions intéressantes sont également à retenir. La réactivation du Haut conseil de l’énergie (Mihoubi), le renforcement des instruments de contrôle à l’instar de l’IGF et de la Cour des comptes (Tebboune).
Enfin, toutes ces promesses ne sont pas chiffrées en raison de l’accès difficile des candidats à l’information économique. Leurs plans ne semblent pas prévoir de diagnostics de secteur, d’inventaires du potentiel existant dans des secteurs tels que l’agriculture, l’industrie et les services, préalables à une stratégie de développement. En outre, en l’absence d’une ingénierie financière ou en raison de son éparpillement, on voit mal comment le gros de ces projets verra le jour ou sera concrétisé en peu de temps !<