L’Irak fait face depuis deux mois à un mouvement de contestation contre le pouvoir
et son parrain iranien qui a déjà fait plus de 420 morts, en majorité des manifestants, et des milliers de blessés à Bagdad et dans le Sud chiite. Voici ses principales étapes:

Spontané
Le 1er octobre, plus d’un millier de manifestants se rassemblent à Bagdad et dans le sud contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics. Déclenchées par des appels sur les réseaux sociaux, les manifestations sont dispersées avec des canons à eau, grenades lacrymogènes et balles en caoutchouc, puis par des tirs à balles réelles.
Les autorités referment le lendemain la Zone verte à Bagdad, où siègent les plus hautes institutions et l’ambassade américaine. Un couvre-feu est instauré.

Mesures sociales
Le 3, à Bagdad, les blindés des forces spéciales repoussent la foule. Internet est coupé dans une grande partie du pays. L’influent leader chiite Moqtada Sadr appelle à «des élections anticipées sous supervision de l’ONU».
Le 6, le gouvernement annonce des mesures sociales, allant de l’aide au logement à l’allocation de pensions aux jeunes sans emploi.

«Chute du régime»
Le 24, les manifestations réclamant «la chute du régime» reprennent, à la veille du premier anniversaire de l’entrée en fonctions du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi. En 48 heures, au moins 63 personnes sont tuées, la majorité dans le sud, où les manifestants ont attaqué ou incendié des QG de partis, de responsables et de groupes armés. Le 26, l’ONU accuse «des entités armées» de chercher «à saboter les manifestations pacifiques». Le 28, étudiants et élèves envahissent les rues de Bagdad et de villes du sud. Des milliers d’Irakiens bravent le couvre-feu dans la capitale.

«Iran dehors !»
Le 30, le guide suprême iranien Ali Khamenei appelle à «répondre à l’insécurité» en Irak. Le 1er novembre, la plus haute autorité chiite d’Irak, le grand ayatollah Ali Sistani, met en garde contre les ingérences. Le 3, dans la nuit, quatre manifestants sont tués alors qu’ils tentaient d’incendier la représentation diplomatique de l’Iran à Kerbala (sud). Le 4, les forces de sécurité tirent à balles réelles sur les manifestants à Bagdad.
Le 9, après des réunions sous l’égide du puissant général iranien Qassem Soleimani, les partis au pouvoir se mettent d’accord pour maintenir le gouvernement Abdel Mahdi et en finir avec la contestation, quitte à recourir à la force. Le 17, des milliers d’Irakiens envahissent les rues à travers le pays, répondant à un appel à la grève générale. A Bagdad, les manifestants élargissent leur sit-in. La désobéissance civile s’amplifie le 24 dans le sud. A Nassiriya, les écoles et des administrations sont fermées, de même qu’à Hilla, Diwaniya, Najaf, Kout, Amara et Bassora. Le 27, des manifestants incendient le consulat d’Iran à Najaf. Des centaines de jeunes crient «Iran dehors» et «victoire à l’Irak» à l’intérieur du complexe.

«Scènes de guerre»
Le 28, le sud s’embrase avec une répression menée par des commandants militaires dépêchés par Bagdad: 46 manifestants sont tués, dont 28 à Nassiriya, et près d’un millier blessés. Dans cette ville, des combattants tribaux sortent pour protéger les manifestants, alors que des hommes en civil tirent sur la foule à Najaf. «Le bain de sang doit cesser», affirme Amnesty, qui évoque des «scènes de guerre» à Nassiriya.

Démission du gouvernement
Le 29, Ali Sistani appelle le Parlement à retirer sa confiance au gouvernement pour éviter le «chaos». Quelques heures plus tard, Adel Abdel Mahdi annonce qu’il va présenter sa démission. Vingt-et-un manifestants sont tués, dont 15 à Nassiriya et cinq à Najaf. Le lendemain, les Irakiens continuent de manifester à Bagdad et dans le sud, affirmant vouloir maintenir leurs campements et blocages des routes jusqu’au départ de «tous les corrompus». Le 1er décembre, une journée de deuil est observée, y compris dans des régions sunnites jusqu’ici à l’écart de la contestation. Le Parlement accepte la démission du gouvernement d’Adel Abdel Mahdi. Un officier de police accusé d’avoir tué deux manifestants est condamné à mort, premier verdict du genre rendu depuis le début de la contestation.