Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a plaidé, hier dimanche à Alger, pour une «vigilance permanente» face aux facteurs à risque à l’origine de la contraction du VIH Sida en Algérie. Mohamed Miraoui s’est exprimé sur le sujet à l’occasion de la célébration de la Journée du 1er décembre, retenue par les Nations unies comme date anniversaire de lutte contre la maladie avec pour thème choisi cette année «Les organisations communautaires font la différence» et sous le slogan national «La société civile : partenaire pour mettre fin au sida d’ici 2030 ».

Le ministre, qui a salué l’action associative en milieu sanitaire et dans la sensibilisation contre les risques de transmission du sida, a souligné l’importance de la vigilance « face aux facteurs de risques que sont les relations sexuelles non protégées, la drogue par intraveineuse » et autres pratiques porteuses de danger. L’enjeu, selon lui, est d’être « au rendez-vous » de 2030 et de l’échéance que l’Algérie s’est fixée pour éradiquer le VIH Sida, à l’instar du reste de la communauté internationale. Selon le Laboratoire national de référence (LNR) du VIH-Sida à l’institut Pasteur d’Alger, 673 nouveaux cas atteints de la maladie ont été recensés entre janvier et septembre 2019. Dans une déclaration récente à l’APS, la responsable de ce laboratoire, le professeur Salima Bouzeghoub a précisé que parmi ces cas, 385 sont de sexe masculin et 288 de sexe féminin avec une tranche d’âge commune variant entre 30 et 39 ans. Depuis l’apparition du premier cas en Algérie, en 1985, le laboratoire de l’Institut Pasteur a recensé jusqu’à fin septembre dernier plus de 13 000 cas, 6 715 hommes, 5 468 femmes et 817 de sexe non mentionné. Selon un bilan du ministère de la Santé et de l’Onusida, le nombre de personnes infectées par le VIH, tous âges confondus, a atteint en 2018 quelque 1 300 cas, alors que le nombre de séropositifs frôle les 16 000 cas, dont 15 000 âgés de plus de 15 ans, 7 000 femmes et 8 300 hommes. Tandis que le nombre de personnes âgées entre 0-14 ans ne dépasse pas les 500 cas.

Stigmatisation en milieu sanitaire
Selon les mêmes sources, le taux de prévalence en Algérie chez les personnes âgées de 15 à 49 ans est estimé à 0,1% de la population, alors que le nombre de séropositifs au courant de leur cas est de 14 000 personnes. Ceci alors que le souci de prévention et de dépistage de la maladie tend à se développer grâce notamment au travail associatif. Ainsi, depuis le début de l’année en cours, plus de 3 800 personnes, âgées entre 18 et 45 ans ont bénéficié du dépistage précoce dans les milieux les plus exposés au VIH/Sida au niveau de trois wilayas du pays, à savoir Tamanrasset, Oran et Alger, selon l’association «Aids Algérie». Parmi elles, 1 800 femmes ont passé le test de dépistage, ce qui indique, selon le président de l’association, Othmane Bourouba, une meilleure information ainsi qu’une prise de conscience de la population quant aux vertus du dépistage.
M. Bourouba a qualifié cette opération de « courageuse », car ayant permis aux associations de briser un tabou qui entravait leurs activités associatives et de prévention. Parmi les obstacles qui empêchent les gens d’aller volontairement vers le dépistage précoce, M. Bourouba a cité la gêne ressentie au niveau des centres spécialisés qui «exigent de ces personnes de présenter une pièce d’identité». «C’est là un grand risque pour la société, si les cas séropositifs ne sont pas dépistés et continuent inconsciemment à transmettre le virus », a-t-il soutenu. Pour cette raison, lors d’un workshop sur la problématique de la stigmatisation des malades du sida, organisé le 28 novembre dernier à Alger par Onusida et le ministère de la Santé, des experts ont insisté sur l’impératif de la révision de certains textes de loi pour la protection des personnes séropositives. Le ministère de la Santé a reconnu à cette occasion l’existence de certains « dysfonctionnements » au niveau de la prise en charge, traduits notamment par la stigmatisation en milieu sanitaire. Un fléau qui s’ajoute à la maladie et rend la prévention difficile.

Le coordonnateur résident salue l’«engagement politique et financier» de l’Algérie
Le coordonnateur résident du système des Nations unies en Algérie, Eric Overvest, a tenu à saluer « l’engagement politique et financier » de l’Algérie, traduit par des « résultats encourageants » en matière de lutte contre cette pathologie, tout en relevant « les efforts des acteurs et partenaires techniques » œuvrant dans ce domaine. Il a notamment relevé que 81 % des personnes, vivant avec le VIH en Algérie, « ont accès au traitement antirétroviral (ARV), notant que « l’amélioration » de cet accès aux soins a contribué à réduire de 10 % le nombre de décès par VIH Sida depuis 2010. Néanmoins, le représentant de l’organisation onusienne a relevé le « défi » pour l’Algérie en matière d’élargissement de l’offre du dépistage ainsi que la généralisation de la prévention contre la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Selon le ministre de la Santé, l’Etat algérien a consenti d’importants moyens humains et matériels avec un budget conséquent et la réalisation de plus de 65 centres de dépistage, de 15 autres dédiés aux soins et au suivi des malades, en sus d’un laboratoire de référence relevant de l’Institut Pasteur d’Alger (IPA).