Les femmes du pavillon J est le nouveau long métrage du Marocain Mohamed Nadif, projeté en avant-première mondiale au 41e Festival international du cinéma du Caire, et programmé actuellement au Festival international de Marrakech dans la section «Panorama du cinéma marocain».

Le cinéaste, qui a réalisé, entre 2005 et 2009, trois courts métrages consacrés aux femmes (La jeune femme et l’ascenseur, La jeune femme et l’instit et La jeune femme et l’école), revient à sa thématique préférée, les femmes. Trois patientes d’un hôpital psychiatrique de Casablanca, de milieux sociaux différents, vivent dans la même chambre et partagent la même amitié avec une infirmière. L’amitié est un puissant antidépresseur ! Les quatre femmes ont chacune une histoire, voire un drame. L’une a assisté à l’accident mortel de son fils, l’autre a subi des attouchements sexuels d’un parent et l’autre encore a découvert la bisexualité de son mari que sa mère lui a cachée. L’infirmière a, elle, constaté que son époux la trompe avec une autre femme. Elles sont suivies par un médecin compréhensif (interprété par Mohamed Nadif himself), mais sont persécutées par Lekbira, la chef infirmière, qui leur fait, à chaque fois, des leçons de morale comme si elle était obligée de le faire. Dépressives, les trois femmes, d’âges différents, arrivent, grâce à une amitié solide et une solidarité blindée, à dépasser leurs souffrances et leurs angoisses.

«Revenir» à la vie
Les virées nocturnes en ville, que leur offre clandestinement l’infirmière, leur permettent de «revenir» à la vie, d’oublier leurs drames et de croire que rien n’est encore perdu. Le film de Mohamed Nadif est une ode à l’amitié, celle qui permet à des femmes blessées psychologiquement de remonter la pente, d’émerger. Le film porte aussi une critique des pressions sociales qui écrasent les êtres vulnérables et évoque la faillite des parents qui parfois peut mener à des tragédies. La dépression, cette maladie du siècle, est une autre thématique de ce long métrage duquel se dégage un grand amour du cinéaste pour ses personnages, filmés avec tendresse, voire compassion.
Le casting est parfait. Rim Fethi, qui débute au cinéma, a interprété avec justesse le rôle de la jeune rebelle. Assma El Hadrami, Jalila Talemsi, Imane Mechrafi et Fatima Attif, les quatre dames les plus illustres du cinéma marocain actuel, ont bien adhéré à l’idée voulue par le scénario, celle de montrer une complicité sans faille entre les quatre femmes en quête de bonheur. Au drame de certaines situations, le cinéaste, qui a coécrit le scénario avec son épouse Assma El Hadrami, a su éviter les complications d’un drame psychlogique et a su ajouter une touche d’espoir, juste un petit rai de lumière pour suggérer qu’il existe toujours des possibilités de s’en sortir quelle que soit la noirceur de l’existence. Le cinéma contemporain, qui porte sur le dos toutes les catastrophes du monde, doit, parfois, aider à ouvrir des fenêtres pour rafraîchir les idées, croire à l’optimisme, avancer vers le mieux et ne pas perdre espoir. Sinon à quoi sert l’art ? Mohamed Nadif, qui vient de l’univers du théâtre, s’est distingué en 2011 avec son premier long métrage «Andalousie, mon amour», une comédie sur le phénomène de migration clandestine. Mohamed Nadif, qui a entamé sa carrière dans le cinéma en 2005, sait apporter le sourire, là où il y a le drame, la douleur.