«The Irishman» (L’Irlandais) le nouveau film de Martin Scorsese, a lancé le 41e Festival international du cinéma du Caire (CIFF) qui se poursuit jusqu’au 29 novembre 2019. Le film a été projeté à guichet fermé à l’Opéra du Caire où la plupart des projections se font durant toute la journée à partir de 11 h avec des séances spéciales à minuit.

Le Caire, Correspondance particulière, Fayçal Métaoui
Distribué par Netflix, «The Irishman» revient, en plus de trois heures, sur un épisode noir de l’histoire contemporaine des Etats-Unis en se basant sur la biographie d’un tueur à gages, Frank Sheeran (interprété par Robert de Niro), ancien soldat et ex-syndicaliste. Une biographie écrite par Charles Brandt sous le titre «I heard you paint houses : Frank “The Irishman’’ Sheeran and the inside story of the Mafia». Après la Seconde Guerre mondiale, la mafia a eu des connexions troublantes avec le syndicat des routiers et des dockers aux Etats-Unis. Jimmy Hoffa, dirigeant syndicaliste, avait développé des liens très forts avec les patrons de la mafia à Chicago. En juillet 1975, Jimmy Hoffa a disparu. Il le demeure à ce jour. Il a été déclaré mort en 1982, mais son corps n’a jamais été trouvé. La thèse que développe le film de Martin Scorsese est que Frank Sheeran serait parmi les assassins de Jimmy Hoffa. Autant dire donc que la fiction fait audience, pas uniquement aux Etats-Unis. Les abonnés de Netflix auront accès à «The Irishman» le 27 novembre prochain, alors que le film a été projeté aux festivals de New York et Londres. Martin Scorsese, qui n’a pas pu convaincre les grands studios comme Paramount à produire le film en raison de sa longueur et de ses coûts (presque 160 millions de dollars), souligne l’attachement qu’a le cinéaste à Robert De Niro depuis une première collaboration, en 1973, avec «Mean Streets» et qui s’est poursuivie pendant plus de vingt ans avec des films tels que «New York, New York (1977), «La Valse des Pantins» (1982), «Les Affranchis» (1990) et «Casino» (1995).

Le cinéma sud-américain en force
Cette année, le Festival du Caire se distingue avec la projection de 35 films (courts, longs et documentaires) en avant-première mondiale (internationale pour certains). En tout, 150 films seront projetés représentant 63 pays. Pour la compétition officielle, l’équipe de Mohamed Hefzy, directeur du festival et producteur, a sélectionné une quinzaine de films venant des quatre continents. Pour l’Amérique du Sud, en force cette année, trois longs métrages poignants sont retenus : «The friendly man» (L’homme amical) du Brésilien Iberê Carvalho, qui repose la question de la place des réseaux sociaux dans les sociétés contemporaines, «La frontera» (La frontière) du Colombien David David, sur le problème des migrations et des déchirures qu’elles provoquent, et «Ya no Estoy aqui» (Je ne suis plus là) du Mexicain Fernando Frias, sur les violences urbaines. L’Egypte est présente avec le saisissant documentaire de Marian Khoury, «Ihkili» (Raconte-moi) qui donne la parole à des femmes de plusieurs générations de la famille du grand cinéaste Youssef Chahine. Chahine était l’oncle maternel de Marian Khoury. Après «El Mour wa roumane» et «Ouyoun el haramia» (avec Souad Massi notamment), la Palestinienne Najwa Najjar revient cette année avec «Bayn janati wa el ardh» (Entre Paradis et Terre), un drame social en territoires palestiniens.
Le jeune cinéaste libanais Ahmed Ghossein (connu surtout pour ses documentaires) est en course avec son premier long-métrage «All this victory» (Toute cette victoire), projeté en avant-première mondiale au dernier festival de Venise, qui narre l’histoire d’un groupe de Libanais, pris «en otage» lors de l’invasion israélienne au Liban en 2006.
En compétition figure le très dur film du jeune Danois Ulla Salim, «Sons of Denmark» (Fils du Danemark) qui évoque la remontée des ultras de la droite, servis par «le radicalisme» religieux, au Nord de l’Europe.
Une fiction qui ose mettre le doigt sur les blessures qui traversent les sociétés européennes, mais également les migrants musulmans du Vieux continent.

«Parkour(s)» de Fatm Zohra Zamoum dans la course
Le festival du Caire permet de découvrir des cinématographies peu connues comme celle du Royaume de Bhoutan en compétition avec la fiction «Lunana, a yak in the classroom» (Lunana, un yack dans la classe) de Pawo Choyning Dorji. Les dialogues sont en dzongkha, un dialecte tibétain, langue nationale au Royaume du «bonheur». Le film raconte l’histoire d’un enseignant, qui rêve de migrer vers l’Australie, et qui est envoyé dans un village éloigné situé à 4800 mètres d’altitude. Autre film à suivre au Caire : «Zavera» du Roumain Andrei Gruzsniczki qui narre l’histoire d’un homme d’affaires qui découvre des facettes inconnues de la vie de son meilleur ami, après sa mort. Il y a aussi «The fourth wall» (Le quatrième mur) des Chinois Zhang Chong et Zhang Bo, le récit d’un homme qui vit en isolement, enchaîné par son passé. Le jury, qui est présidé par le cinéaste américain Stephen Gaghan, est composé, entre autres, de la productrice marocaine Lamia Chraibi, l’actrice chinoise Qin Hailu et le réalisateur mexicain Michel Franco. Dans la section Horizons du cinéma arabe (compétition), l’Algérienne Fatm Zohra Zamoum est en course avec son nouveau long métrage «Parkour(s)». Elle est aux côtés du Tunisien Mehdi Barsaoui avec «Un fils», du Suisse Samir avec «Baghdad in my shadow» (Baghdad dans ma fenêtre), «Haifa Street» de l’Irakien Mohanad Hayal, «Khartoum offside» de la Soudanaise Marwa Zein, «Pour la cause» du Marocain Hassan Bendjelloun et «Noum El deek» de l’Egyptien Seif Abdalla.

Hommage à Youssef Chérif Rizkalla
Cette année, le festival du Caire honore le cinéaste américano-britannique Terry Gilliam, l’actrice égyptienne Menna Shalabi et le réalisateur égyptien Sherif Arafa. La 41e édition du Festival du Caire est dédiée à Youssef Chérif Rizkalla, son directeur artistique pendant vingt ans, décédé cette année.
Le Festival lui a consacré un documentaire «Rizk cinéma» réalisé par Abderrahmane Nasr et Mostefa Hamdi. La parole a été donnée dans ce film à une vingtaine de personnalités qui ont connu le critique et l’homme des médias Youssef Chérif Rizkalla. Il s’agit notamment des comédiens Yousra et Hussein Fahmy et des cinéastes Yousri Nasrallah, Hala Khalil et Khayri Bishara.n