Reporters : La première semaine de la campagne électorale s’est distinguée par la présence de manifestants devant les salles de meeting où se trouvaient les candidats. Ces derniers n’ont pas été épargnés par les slogans hostiles au vote du 12 décembre. Quels enseignements pourrions-nous tirer de ces scènes ?
Abderrazak Saghour : Il faut noter que, jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’actes de violence dans la réaction de ceux qui s’opposent à la tenue de l’élection et qui le manifestent lors des meetings des candidats. Aujourd’hui, nous sommes en face d’un scénario qui s’inscrit dans la logique du mouvement populaire, déclenché le 22 février, et dont le but était de faire barrage au cinquième mandat que prônait alors Abdelaziz Bouteflika.
Depuis cette date, les choses ont évolué et donné lieu à une confrontation naturelle d’idées et de points de vue, mais sans qu’il y ait violence de quelque partie que ce soit. Et c’est ce qu’on est en train de constater en cette période de campagne électorale qui, systématiquement, met en scène partisans et opposants au scrutin du 12 décembre.

Nous avons néanmoins eu droit à certaines scènes préoccupantes par la violence qu’elles dégagent, à l’instar de cette photo sur les réseaux sociaux qui montre un individu armé d’un fusil et défiant les opposants à l’élection…
A mon avis, ce type de comportement relève plutôt de l’exhibitionnisme. Il ne faut pas oublier que le mouvement populaire boucle ses neuf mois en conservant son esprit pacifique, sans acte de violence émanant des manifestants.

Comment voyez-vous la suite de la campagne électorale ? Y a-t-il risque de dérapage pour les prochains jours ?
Pour être sincère avec vous, je dirais que je n’ai pas encore vu de campagne réelle sur le terrain.
Nous sommes plutôt face à une configuration de campagne qui donne l’impression que les candidats se parlent entre eux dans des salles fermées, alors que dans la rue, les panneaux d’affichage restent vierges. Durant les prochains jours, je vois la situation évoluer comme elle l’a été durant la première semaine de campagne. Je ne vois aucun des cinq candidats en mesure d’organiser son dernier meeting à la Coupole du Complexe olympique ou à la salle Harcha, comme cela s’est fait durant quasiment toutes les campagnes électorales précédentes.

Cette évolution de la campagne ne serait-elle pas en train de porter un coup fatal à la crédibilité de l’élection ?
Même si ces élections réussissent sur le registre administratif, elles manquent d’ores et déjà de crédibilité.
Il suffit de marcher un peu dans les rues de la capitale pour se rendre compte qu’il n’y a même pas de panneaux affichant les portraits des candidats.