Dans un affrontement qui consiste pour les deux premières à vouloir asphyxier économiquement le second et à le disqualifier sur un terrain géopolitique ultrasensible comme le Moyen-Orient, en raison de son potentiel nucléaire mais également à cause de ses positions en Syrie notamment, ces parties en conflit alternent le chaud et le froid alors que des développements graves ne sont pas à exclure.

Le froid, c’est le passage sans difficulté, avant-hier mardi, du porte-avions USS Abraham Lincoln dans le détroit d’Ormuz et la traversée de ce groupe aéronaval US de cette zone stratégique entre l’Iran et les Emirats arabes unis, en direction du Golfe. Selon un communiqué de l’US Navy, Washington entendait «démontrer» par cette traversée la «détermination» des Etats-Unis à faire respecter la liberté de navigation. Selon un responsable du Pentagone ayant requis l’anonymat, ce passage était prévu et s’est déroulé sans incident. Les échanges entre les militaires américains et les garde-côtes iraniens ont été «corrects et professionnels», a-t-il témoigné. La dernière fois qu’un porte-avions américain a franchi le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du pétrole brut mondial acheminé par voie maritime, était en avril 2019, a précisé ce responsable du Pentagone. Le 20 juin, l’Iran a abattu au-dessus du détroit d’Ormuz un drone américain qui avait selon Téhéran «violé l’espace aérien iranien». Washington a reconnu avoir perdu un drone, mais affirmé que l’appareil se trouvait dans l’espace aérien international. Une attaque contre deux tankers, norvégien et japonais, le 13 juin dans la mer d’Oman, dans la région du Golfe, a été attribuée à l’Iran, qui a démenti et qui menace régulièrement de bloquer le passage en cas de confrontation avec les Etats-Unis. Le détroit d’Ormuz est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n’excède pas 60 mètres. Le froid c’est aussi ce rapport de l’agence de renseignement militaire du Pentagone, la Defense Intelligence Agency (DIA) sur la puissance balistique de l’Iran et la recherche par Téhéran de moyens pour le développer davantage et la rendre supérieure à celle d’Israël, selon un haut responsable du renseignement militaire américain qui s’est adressé à l’AFP sous le couvert de l’anonymat. «L’Iran dispose d’un vaste programme de développement de missiles, et la taille et la sophistication de son arsenal balistique continuent de progresser malgré des décennies d’efforts» des Occidentaux, indique ce document rendu publique avant-hier mardi également et intitulé «La puissance militaire de l’Iran». «En l’absence d’une armée de l’air moderne, l’Iran a fait des missiles balistiques une force de frappe d’une grande portée pour dissuader ses ennemis de l’attaquer», a précisé Christian Saunders, expert de l’Iran à la DIA, en présentant ce rapport à la presse. Téhéran «a le plus grand nombre de missiles du Moyen-Orient avec un large éventail de missiles de très courte portée, de missiles de courte portée et de missiles de portée intermédiaire qui peuvent frapper des cibles dans l’ensemble de la région, jusqu’à 2.000 km de distance», a-t-il ajouté. L’expert de l’Iran à la DIA, Christian Saunders, met également en garde contre une levée de l’embargo imposé sur les armes à Téhéran et qui lui «donnerait une opportunité d’acheter des armements modernes qui sont hors de sa portée depuis des décennies» et ont affecté ses capacités de défense.

Mise en garde contre une levée d’embargo
Selon le rapport qu’il a présenté, il est noté qu’ «à 20,7 milliards de dollars, le budget de défense de l’Iran ne représente plus que 3,8% du PIB en 2019, contre 6,1% en 2018, lorsqu’il atteignait 27,3 milliards de dollars. La mise en garde contre cette levée de l’embargo sur les armes, prévue en octobre 2020 selon les termes de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, s’adresse aux pays qui, contrairement aux Etats-Unis, ne s’en sont pas retirés. M. Saunders a précisé que les Iraniens chercheraient vraisemblablement «à acquérir des avions de combat — leur force aérienne est ancienne — et aussi des chars de combat». Selon lui, l’Iran s’adressera vraisemblablement à la Russie ou la Chine pour acheter des armements. Durant ces dernières années, l’Iran a développé plus de quarante types de missiles dont les plus puissants, Ghadr F et Sejil 2, sont capables d’atteindre Israël, indique le rapport de la DIA. Le chaud, c’est la version que les autorités iraniennes donnent des violentes manifestations qui secouent leur pays depuis l’annonce, vendredi dernier, d’une hausse des prix de l’essence. Selon eux, ces bouleversement qui ont fait plusieurs victimes et occasionnés des dégâts matériels importants sont le résultat de la guerre qui leur est livrée par leurs «ennemis». Ainsi, dans la soirée du mardi, le guide suprême Ali Khamenei a affirmé que «l’ennemi» avait été repoussé. «Nous avons repoussé l’ennemi dans l’arène militaire. Nous avons repoussé l’ennemi dans la guerre politique», a dit l’ayatollah dans un discours. Le numéro un iranien n’a pas identifié cet «ennemi», mais les autorités ont accusé ces derniers jours des puissances étrangères, notamment les Etats-Unis, de fomenter les troubles. «Nous avons repoussé l’ennemi dans l’arène de la guerre sécuritaire ces derniers jours», a ajouté le leader religieux, affirmant que les troubles n’étaient pas le résultat d’un mouvement populaire. «Les actions récentes étaient un problème de sécurité, (elles n’émanaient) pas du peuple». Les manifestations déclenchées vendredi ont commencé avec des blocages de routes dans les principales artères de Téhéran et ailleurs mais se sont rapidement étendues à au moins 40 villes et localités, où des stations-service ont été incendiées, des commissariats de police attaqués et des magasins vandalisés.
Les autorités ont confirmé la mort de cinq personnes, dont trois membres des forces de l’ordre tués «à l’arme blanche» par des «émeutiers», mais l’ONG Amnesty International a affirmé mardi que plus de 100 manifestants auraient été tués. n