A la tête de l’institut Cervantès d’Alger, depuis 2017, Antonio Gil de Carrasco quitte son poste début novembre le cœur lourd et triste, mais garde toujours de beaux souvenirs tout en confiant l’amour qu’il porte pour son « deuxième chez moi ». Dans cet entretien, il nous dévoile le bilan de toutes ses activités, dont l’organisation des «Nuits de Ramadhan », qui ont connu un grand succès auprès du grand public, la venue exceptionnelle du grand écrivain espagnol Edouardo Mendoza, le congrès d’espagnol, langue étrangère au Maghreb, ainsi que des rencontres dans le domaine du sport, à l’instar de la venue du champion international du cyclisme Alvaro Pino et du vice-président du FC Barcelone, Jordi Moix.

Reporters : Quel bilan faites-vous de vos activités depuis le début ?
Antonio Gil de Carrasco :
Tout d’abord, il faut savoir, qu’avant mon installation en Algérie, je suis passé par beaucoup de pays, à l’exemple de Tokyo, au Japon, où j’ai travaillé de 2012 jusqu’en 2017, puis un mois plus tard, j’ai pris la direction de l’institut Cervantès d’Alger. Au début, cela m’a été très difficile de m’accoutumer et d’habiter ici, et surtout de voir comment les personnes travaillent, parce que c’est complètement différent à quoi je me suis habitué. J’ai vraiment souffert les premiers temps, tout était différent. Je vous donne l’exemple sur l’internet, qui ne fonctionne pas du tout comme là-bas, et surtout le bruit et la circulation dans les rues d’Alger. Mais peu à peu, je découvre ce pays et la bonté des personnes qui habitent ici, qui sont vraiment conviviales. Je me suis fait beaucoup d’amis et je me suis senti vraiment heureux en Algérie, qui est comme ma deuxième maison.
Durant ma mission en Algérie, j’ai effectué beaucoup de travail, j’ai en outre organisé plus de 120 activités culturelles durant l’année, que j’ai faites en collaboration avec l’ambassade d’Espagne en Algérie et d’autres avec toutes les autres ambassades hispanophones, notamment les latino-américaines. Nous avons présenté ensemble, la culture espagnole qui est partagée par plus de 600 millions de personnes, sachant que l’espagnol est la seconde langue dans le monde et cela comme langue mère, et pour certains d’autres, elle est le véhicule pour la communication internationale. Nous sommes le troisième centre du monde, pour le nombre des élèves, nous avons plus de 3 500 étudiants, ce qui est formidable.

Qu’est-ce que vous retenez comme événement marquant et pourquoi ?
Il y en a beaucoup, mais en Algérie, ils aiment beaucoup la musique, surtout le flamenco qui est très demandé. Mais ce qui a marqué les esprits est l’organisation des nuits du Ramadhan, comme je l’ai fait au Caire ou à Damas. Je suis vraiment touché et heureux, car beaucoup de gens m’ont envoyé de e-mails. Nous avons installé une khaima, où nous avons accueilli des groupes musicaux, à l’instar du musicien Suhaïl Serguini, qui a fait une combinaison entre la musique arabe et le flamenco, ce qui a été une réussite.
Nous avons également fait une chose complètement différente, en organisant des rencontres avec le sport, et nous avons invité, en collaboration avec la Fédération du cyclisme d’Algérie, le champion du Tour d’Espagne de 1985, qui est Alvaro Pino, et ce que nous avons fait a été très sympathique. Nous l’avons d’ailleurs emmené visiter la grotte de Cervantès, puis avec lui, nous avons organisé plusieurs activités dont une conférence où il a partagé son expérience.
Nous avons aussi, il y a quelques semaines, organisé le Congrès d’espagnol, langue étrangère au Maghreb (Celem), à la Bibliothèque nationale, où nous avons amené les plus importants professeurs de tous les pays du Maghreb, ainsi que des académiciens d’Espagne, du Venezuela, de Colombie, du Mexique. C’est un événement extraordinaire.

Y a-t-il un événement que vous regrettez ou que vous n’avez pas pu tenir ?
Non, je suis vraiment content, car ici, tous les programmes ont été un succès, illustré par la forte présence du public. Il est à noter que nous avons aussi reçu le vice-président du FC Barcelone, Jordi Moix, pour exposer plusieurs projets que compte réaliser le prestigieux club catalan en Algérie, notamment, la création d’une école de football. Il y a aussi la présentation du nouveau stade de Barcelone qui n’est pas qu’un espace consacré au football mais également un espace de théâtre et de cinéma, c’est l’un des évènements dont je suis le plus fier.

On gardera le souvenir de Edouardo Mendoza… Comment l’avez-vous convaincu de venir à Alger ?
Edouardo Mendoza n’accepte aucune invitation, mais pour moi, cela a été facile, car c’est un très bon ami. Il est venu dans tous les centres où j’étais directeur de Cervantès. Il est d’ailleurs vraiment content d’être venu en Algérie. Nous avons aussi reçu d’autres grands écrivains à l’exemple de Javier Reverte.

Est-ce qu’il y a un grand écrivain hispanophone auquel vous avez pensé mais que vous n’avez pas réussi à ramener ?
Oui, je voulais absolument ramener le prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, né à Beyrouth mais qui a la nationalité espagnole, malheureusement, je quitte mon poste, je n’aurais pas le temps de l’inviter.

Vous ne vous êtes pas contenté de culture mais de sport aussi, avec le cyclisme et le foot… C’était important pour vous de travailler sur ces deux disciplines ?
Nous avons énormément de choses en commun, surtout en ce qui concerne le football. J’ai ressenti, durant mes promenades à Alger, les bruits, les odeurs et le sourire des personnes comme dans notre pays. J’ai voulu faire un marinage entre les deux manières de faire, qui sont très similaires des deux côtés de la Méditerranée. Le sport est aussi un modèle de culture, je voulais faire quelque chose de différent, des congrès et des concerts. Le sport est aussi une activité qui attire beaucoup de public.

On a annoncé la possible ouverture d’un centre Cervantès à Constantine, est-ce un projet possible ?
Je ne vais pas parler de cela pour le moment. Nous avons lancé cette possibilité, mais nous n’avons aucune date. Nous avons une intention d’ouvrir ce centre mais je ne sais pas quand exactement. Mais dans le futur, j’espère qu’il le sera.

Pensez-vous qu’il y a encore des chantiers à réaliser ?
Il y a beaucoup de projets très intéressants que nous voulons réaliser. Mais je ne peux rien dire, ce sera au nouveau directeur de le faire.

A quand l’Espagne, invitée d’honneur au Salon international du livre d’Alger ?
Cela dépend des autorités algériennes. Je ne sais pas quand exactement cela se fera, mais nous l’espérons, prochainement.

Qu’allez-vous faire une fois rentré en Espagne ?
Je suis extrêmement triste de quitter l’Algérie, car je suis un peu malade, j’ai un ictus cérébral. Ce qui fait que je perds durant un temps ma mémoire, au point de ne plus savoir qui j’étais. Mon médecin m’a demandé, pour mon bien et ma santé, de me reposer.

Un dernier mot…
J’aime l’Algérie, je reviendrai sûrement ici, car ce pays est comme ma maison.