Le week-end politique, qui commence aujourd’hui, s’annonce très différent des précédents. Depuis son émergence sur la scène politique nationale, le 22 février dernier, c’est la première fois que le mouvement populaire pour le changement va manifester, demain vendredi, en pleine campagne pour le vote présidentiel et face à des candidats et leurs partisans qui, en dépit des difficultés certaines qu’ils rencontrent sur le terrain, cherchent à imposer l’agenda électoral par tous les moyens. Les deux parties sont à nouveau au banc d’essai pour une nouvelle confrontation pacifique qui pourrait être un tournant…

Pour cette raison, le premier vendredi de cette campagne électorale est particulièrement à suivre. Devenu désormais la journée du Hirak et un fort moment d’expression politique populaire avec ses slogans de rejet du système, ce vendredi sera probablement consacré à la critique des différents candidats en lice.
Les noms et les portraits des cinq seront probablement brocardés à l’envi en décalage avec les panneaux destinés à l’affichage, restés étrangement vides depuis le début de la campagne. Comment réagiront les cinq candidats et leurs partisans, chacun dans un lieu à travers le pays, durant cette journée pas comme les autres ? Certains staffs ont, selon des indiscrétions, évité de caler des activités en cette journée du week-end préférant observer une pause. Sachant que les contestataires dans les grandes villes ne se feront pas prier pour fustiger les élections et railler des candidats, considérés comme « des éléments de légitimation du système ».
Le tout dans une circonstance risquée. En pleine campagne électorale, toute contestation de la campagne où l’entrave d’un candidat pouvant valoir à son auteur de sérieuses complications. Les condamnations à 18 mois fermes de quatre manifestants, par le tribunal de Tlemcen, pour avoir participé à un rassemblement contre le candidat Ali Benflis ont déjà donné le «la».
Les cinq candidats n’ont pas publié officiellement un programme de campagne détaillé avec les étapes des différents meetings. Dans un contexte politique particulièrement tendu, les raisons d’organisation semblent avoir joué. Les différents staffs voulant éviter probablement le risque de trouver sur place des « comités d’accueil » pour le moins inattendus, ils ont réduit leurs feuilles de campagne à des sorties somme toutes symboliques. Mais qu’en sera-t-il pour la semaine à venir, une séquence sans doute décisive pour la suite des évènements ? Hypothèse probable, les états-majors électoraux chercheront à faire oublier le début peu enthousiasmant de la course au scrutin de décembre prochain.

Une semaine d’expédition électorale
Rétrospectivement, en effet, la première semaine de campagne électorale s’est déroulée sans ferveur, sous une pression que les médias lourds n’arrivent pas, malgré les efforts consentis, à occulter. Les cinq candidats ont entamé leur programme d’activités en optant pour certaines régions du pays avec une préférence pour les villes du Sud. Ils se sont adressés à leurs partisans déclamant les classiques promesses de campagne. Du côté des pouvoir publics, la communication a été réglée comme du papier à musique mais aussi, selon les poncifs d’une publicité électorale classique en période de crise et qu’un pouvoir veut nuancer, voire ignorer : « la campagne se déroule dans de bonne conditions ». La Télévision publique, secondée de façon disciplinée par les canaux privés, a également lancé le ton de la campagne en insistant sur les expressions favorables au vote. Les candidats et leurs staffs de campagne ont tenté, durant une première semaine, de paraître concentrés sur leur sujet : le grand rendez-vous du 12 décembre. Par la voie de son responsable de la communication Ali Draâ, l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) annonce n’avoir constaté aucun incident lors des meetings populaires animés par les cinq candidats à l’élection du 12 décembre prochain dans cette campagne électorale. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais à y regarder de plus près, la campagne n’a pas été de tout repos pour les cinq candidats.
Les arrestations de personnes voulant « perturber » les activités de certains candidats durant les meetings sont venues comme pour rappeler la réalité d’une situation politique très complexe.n