Le candidat du RND pour le scrutin du 12 décembre prochain Azzedine Mihoubi a choisi, hier, de ne pas faire de déplacement dans les régions du pays. Cette « relâche » a été meublée par sa participation, à Alger, au forum d’El Hiwar et par un point de presse au siège du parti à Ben Aknoun.

Elle accrédite, chez ce prétendant à la magistrature suprême, l’option d’une campagne à minima commencée timidement et poursuivie dans le même registre. Son tout premier déplacement à Adrar a été une sortie presque «hors sol» auprès d’une confrérie, assurément célèbre, mais d’où il est revenu avec l’image orpheline d’un homme submergé d’émotions et éclatant en sanglots.
Ceux qu’il a ensuite entrepris, comme ce petit meeting de salle dans la modeste localité de Beni Slimane, dans la wilaya de Médéa, ne nourriront pas longtemps non plus la spéciale chronique électorale de 2019. La difficulté de cet ancien ministre de la Culture, qui se dit « commis de l’Etat » pour se défendre d’avoir figuré dans des gouvernements sous l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika, ne lui est pas exclusive, rappellent à juste titre les observateurs politiques dans le pays. Un fardeau qu’il partage avec les quatre autres candidats en course et qui, ajoutent-ils, sont tous dans la crainte d’être chahutés par des Algériens remontés contre l’idée même de la présidentielle et dans la peine d’instaurer là où ils vont une véritable ambiance électorale.
Certes, sauf que M. Mihoubi est le patron par intérim d’une formation politique parmi les plus importantes du pays depuis la fin de la décennie quatre-vingt-dix, et dont la réputation est d’avoir de solides bases dans les rangs de l’administration algérienne, une redoutable et ubiquitaire bureaucratie qu’on n’a pas encore vu se mobiliser pour son champion.
A supposer que la campagne de l’intérimaire du RND sera différente à partir de ce week-end, au moins pour ce qui est des grandes messes « familiales », qu’on avait l’habitude de voir se rassembler dans les grands hôtels et sous les grandes tentes du temps de son écrasant prédécesseur Ahmed Ouyahia, aujourd’hui en prison, on n’a, jusque-là, rien vu de cette réputation que le « Rassemblement » est une armée de fonctionnaires et d’administrateurs capables, comme on dit dans notre terroir, d’« honorer la face », la face de son leader et porteur de ses couleurs. On n’attendait pas de M. Mihoubi qu’il remplisse les stades en cette période de réelle rupture avec ce qui fut de politique et de pouvoir en Algérie avant le « 22 février » 2019, mais on ne croyait pas non plus qu’il allait, pour battre le pavé, se contenter d’une zaouïa, d’une commune au réservoir de voix certainement modeste et d’une « relâche » médiatique.
Sur la pointe des pieds, sans cette audace que les plus hostiles au scrutin du 12 décembre voudraient voir pour ne pas continuer à trop s’ennuyer face au climat atone actuel, la campagne de l’intérimaire en chef du RND incite à poser des questions, non plus sur sa capacité à endosser le costume du présidentiable, mais sur son avenir à la tête de son parti. Son engagement pour le vote du mois du prochain est avant tout une opportunité pour lui de convaincre les militants de son parti qu’il peut être autre chose qu’un président provisoire et qu’il peut lui assurer une place à l’avenir dans le futur échiquier politique qui sera tout, sauf celui dont on voit l’incarnation actuelle à l’échelle parlementaire, par exemple. Et d’asseoir son leadership sur un parti qui aura tôt ou tard à se mesurer à de prochaines élections législatives et communales et à tenter à rester dans le « coup ». D’autant que son vieux rival, le FLN, n’est, cette fois, pas de la partie et attend la décantation qui ne tardera pas plus que ne le prévoit l’agenda électoral en vigueur actuellement. Depuis le début de sa campagne, le candidat du RND Azzedine Mihoubi ne semble pas encore sorti de son costume d’ex-ministre, bien fait de sa personne et de son habit d’intellectuel organique du système, mais que la marche de l’histoire a rendu obscur comme beaucoup d’autres.