En l’absence de leurs avocats, qui ont décidé de boycotter la séance de jugement, vingt personnes ont comparu, hier, devant le juge du tribunal de Sidi-M’hamed à Alger. Il s’agit de onze détenus à la prison d’El Harrach et de neuf autres sous contrôle judiciaire, contre lesquels le procureur a requis pour chacun deux ans d’emprisonnement ferme et une amende de 100 000 DA. L’audience devait débuter vers 13h30, mais elle a été retardée jusqu’à 14h15, heure à laquelle magistrats et détenus ont fait leur apparition dans la salle.

« C’est à cause de vos téléphones qu’on n’a pas fait monter les détenus », a-t-on expliqué ensuite aux nombreuses personnes qui prenaient des photos avec leurs Smartphones, en violation de la législation en vigueur, mais qui, comme de coutume, ont ovationné les détenus du Hirak en les accueillant avec le slogan « Algérie, libre et démocratique ». Ce qui a incité le magistrat en charge du procès à hausser le ton menaçant de faire évacuer la salle si elle n’observait pas « le silence et le calme ».
Au moment où le juge a pris la parole, le collectif des avocats de la défense a mandaté l’un de ses membres pour lire publiquement un communiqué, dans lequel il a expliqué pourquoi les avocats ont décidé de boycotter l’audience et les plaidoiries. Une décision qu’ils avaient prise la veille à l’issue d’une réunion avec l’Union des barreaux d’Algérie. « Notre combat en tant qu’avocat, citoyen et militant, nous dicte de demander le respect de l’indépendance du pouvoir judiciaire. L’indépendance de l’appareil judiciaire est l’objectif du Hirak.
Une justice forte et indépendante est le pilier d’un Etat démocratique », a déclaré l’avocat mandaté qui s’est interrogé sur les raisons qui incitent les magistrats du Tribunal de Sidi M’hamed, contrairement à leurs confrères des autres juridictions, de délivrer des jugements différents et sévères sur les détenus du Hirak.
« Nous sommes la voix de ce peuple et je vous dis que les conditions d’un procès équitable ne sont pas requises ni réunies au niveau de ce tribunal (Sidi M’hamed, ndlr). Ce ne sont pas les personnes qu’on boycotte, mais l’appareil judiciaire» en fonction au niveau de ce tribunal. Et de dénoncer la « violation du principe de l’égalité devant la justice».
Le communiqué n’a pourtant pas convaincu le juge, qui a rappelé au collectif de défense que toute affaire en justice se termine naturellement par un procès, un réquisitoire et des plaidoiries, et que le boycott n’est pas justifié « faute de raisons et de motifs précis ». « Ce procès pourrait avoir lieu aujourd’hui, comme il peut être reporté, mais on parle des libertés et des droits des citoyens algériens », a ajouté le juge.
L’avocat mandaté a répondu en répétant que le collectif boycotte l’appareil judiciaire et non des personnes du Tribunal de Sidi M’hammed. « Les différents verdicts prononcés pour les mêmes chefs d’inculpation par les juridictions algériennes n’honorent pas la justice algérienne », a ajouté ce défenseur, qui a demandé au juge d’ouvrir la séance sans les plaidoiries et sans les avocats. Le même avocat a demandé l’autorisation auprès du juge d’entonner l’hymne national. Le premier couplet retentit ainsi dans la salle d’audience avec l’appui de toute l’assistance, qui a fini par applaudir les avocats et réclamer un « Etat civil et non militaire ». Des slogans qui ont conduit le juge à avertir et menacer de nouveau l’assistance de faire évacuer la salle. Les robes noires quittent la salle et le procès débute.
Les prévenus sont appelés à tour de rôle pour répondre aux questions du juge et nient les faits qui leurs sont reprochés (atteinte à l’unité et à l’intégrité nationales ndlr), à l’exception de l’étudiante Nour el Houda Dahmani, qui, d’une voix inaudible, a demandé au juge de repousser la date du procès à une date ultérieure. Une demande qui a sidéré toute l’assistance, y compris le juge qui lui a rappelé que le report de son procès ne lui servira à rien. « Ton procès est programmé pour aujourd’hui. Pourquoi voulez-vous qu’on reporte la date ? », lui demande le juge, en lui expliquant qu’elle a le droit de garder le silence et de ne pas répondre aux questions. Mais elle insiste sur le report. « D’accord, mais vous allez entendre le verdict le 25 novembre », lui dit le juge. Cette dernière a été, pour rappel, arrêtée à Alger, le 17 septembre où elle participait à la manifestation des étudiants, un mardi 17 septembre.
Elle n’a commis d’autre « crime » que de brandir une pancarte dénonçant la « corruption » de la «bande», dira un des avocats à l’extérieur du tribunal.
Chacun des prévenus a réclamé « la relaxe » parce qu’aucun d’entre eux n’avait « l’intention de porter atteinte à la sécurité ou l’unité du pays ».
Les vendeurs de pin’s ont indiqué que la vente notamment de drapeaux
berbères était tolérée avant le discours du chef d’état-major, le 19 juin 2019, qui a interdit l’exhibition d’un drapeau, outre celui des couleurs nationales, et ceux qui le portaient. Ils ont indiqué que «l’attachement à son identité » ne peut être un délit. Le verdict est prévu lundi 25 novembre.

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Carnet du 3e jour

  • Abdelaziz Belaid anime un meeting à Relizane (15h00).
    -Azzedine Mihoubi anime un meeting à Médéa.
    -Abdelmadjid Tebboune anime deux meetings populaires à Bechar la matinée et à Naâma dans l’après-midi.
    -Ali Benflis anime deux meetings populaires, le premier dans la wilaya d’El-Oued (10h00) et le second à Blida (14h00).
    -Abdelkader Bengrina anime un meeting dans la wilaya de Boumerdes.