L’édification d’une justice indépendante semble constituer un thème unanime dans la bouche des cinq candidats à l’élection présidentielle du 12 décembre. La campagne électorale, entamée avant-hier dimanche, les candidats en course pour la présidentielle rappellent, pratiquement dans chaque tribune, leur engagement pour une justice nouvelle, émancipée. Comme un leitmotiv.

La conjoncture politique actuelle et le rôle prééminent que joue ce secteur sensible depuis, notamment le début de la crise politique, incitent à l’évidence les candidats à en faire chacun de son côté son cheval de bataille. Lorsque le candidat Bengrina parle de « l’édification d’une Algérie nouvelle, qui répond aux aspirations du peuple à la liberté, à la dignité et à la justice, à travers une réforme politique qui éradique la corruption et le despotisme », le candidat Benflis s’engage à œuvrer pour « garantir l’indépendance de la justice, qui obéit à la loi et à la conscience dirigée par une instance indépendante, et activer le rôle de la Cour des comptes, la libérer et lui attribuer des prérogatives à travers un contrôle en amont et en aval des dépenses publiques ». Et lorsque le candidat Tebboune insiste qu’il fera le « maximum » pour libérer la justice, de sorte à « protéger le magistrat, de dépolitiser l’acte de justice, d’œuvrer que la « justice ne soit pas alourdie », et qu’il veillera à « l’alléger », le candidat Mihoubi, lui, estime qu’« il est nécessaire de séparer les pouvoirs judiciaire et exécutif pour donner une impulsion à une lutte plus large contre la corruption. Et que « les juges doivent être indépendants ». Les engagements ressassés des candidats à améliorer le fonctionnement de la justice ne sont pas le produit du hasard. Le discours du candidat pour la présidentielle sur la thématique de la justice va en droite ligne avec l’évolution de la crise politique depuis près d’une année.
Au cœur de la crise politique
La justice semble ainsi au cœur de la crise politique actuelle et, partant, de la stratégie du pouvoir pour la résorber. La corruption, le népotisme et la fraude sont autant de maux à éradiquer et sur lesquels une unanimité semble de mise. L’emprisonnement d’une grande partie des responsables politiques et économiques de l’époque Bouteflika aura eu un effet certain sur l’opinion. Mais elle aura également laissé sceptique une autre partie pour qui, cette promptitude de la justice répondait plus à des contingences d’ordre politique qu’à l’avènement d’une nouvelle ère de la justice. L’évocation systématique de la justice par les candidats semble en même temps aller de pair avec un embarras, devenu de plus en plus apparent concernant l’affaire des détenus d’opinion, dont une partie est toujours en détention attendant d’être jugés. Le président de Talaïe El-Hourryet, Ali Benflis, qui avait affirmé avant la campagne que la libération des détenus du « mouvement pacifique » est un «préalable indiscutable», semble éviter d’évoquer le sujet. Les affaires de personnalités emprisonnées pour des délits d’opinion, à l’image de Lakhdar Bouregaâ, restent évoquées avec parcimonie, voire une certaine réserve, par les candidats. Ces derniers semblent éviter soigneusement de donner un avis tranché sur une question qui semble diviser les Algériens. Les derniers développements de la chronique judiciaire ne sont, en tout cas, pas abondamment commentés par les candidats. Ou du moins de façon superficielle, évitant de se mouiller dans une question controversée dont l’évolution n’est guère prévisible. Alors qu’un candidat à la présidentielles a, en principe, pour vocation de s’exprimer sur tous les sujets de préoccupation du peuple, le sujet des détenus semble visiblement gêner. Les cinq candidats semblent vouloir regarder ailleurs préférant se projeter sur l’avenir qui pourrait s’avérer «historique» après le 12 décembre.