Les éditions El Kalima ont publié le recueil de poésie intitulé « Témoignez ô, rimes ! » de Fateh Agrane. Dans ce quatrième recueil du poète, les textes, des poèmes écrits en vers très courts, comme des successions d’images, évoquent tour à tour la guerre d’indépendance durant laquelle est né le poète, le drame vécu par ses parents, sa famille et les conséquences sur tout un destin.

Fateh Agrane, rencontré lors d’une vente-dédicaces à l’occasion du Sila, dira que ce recueil est composé généralement de poèmes inspirés «de pensées, de réflexion, de voyages ou encore de la perception de la situation actuelle du pays ». Ceci notamment à travers des textes tels que « Baril pilote » ou « Ce drapeau ». Egalement connu du grand public comme gérant de la librairie « Fateh Kitab », Fateh Agrane est déjà auteur de trois recueils publiés. Il nous précise à ce sujet qu’«il s’agit de mon quatrième recueil de poésie, deux sont parus en France (aux éditions Edilivre), et un troisième en Algérie aux éditions Anep en 2016 ». Il nous confie également que sa source d’inspiration «est partout, tout ce qui bouge dans la société m’inspire, que cela soit les questions sociales, culturelles, politiques ou l’amour… marcher dans les rues peut être une source d’inspiration. Car on vit avec sa société et on ne peut pas faire autrement». Poèmes écrits, en effet, comme des images et des successions de souvenirs, mettant en avant une capacité à traduire un vécu à travers des mots, une « inspiration fruit d’une histoire personnelle » tel que nous le souligne l’auteur. Cette histoire est évoquée dans la préface signée de la plume de l’intellectuel et journaliste Mohamed Bouhamidi. Ce dernier rappelle aux lecteurs que Fatah Agrane, né en 1958 à Timizer El Aouana, dans la région de Jijel, fait partie de ceux pour qui l’évocation du drame vécu durant l’enfance reste une nécessité. Il écrit à ce sujet que «Fateh, comme tous ceux qui ont à le subir au plus profond, ont à faire avec ce manque en eux-mêmes. Ni délébile, ni supportable».
Histoire personnelle se mêlant ainsi à l’Histoire du pays, elle transparaît au détour de presque tous les textes de Fateh Agrane. L’un des premiers, intitulé « Sans elle, sans ailes », évoque la douleur qu’est la perte d’une mère. Le texte à l’image de beaucoup d’autres, égrenant par ailleurs les noms de martyrs, Ahmed Zabana, Fernand Iveton, Gaïd Malika, Maurice Audin… L’auteur nous confie, à propos des hommages à ceux qui se sont engagés pour le pays qu’ils ont adoptés, que «pour moi il n’y pas plus Algériens que ces personnes qui ont donné toute leur vie pour la cause, pour la libération du pays, Jean Senac, Henri Alleg, Fernand Iveton…» Ouvrage mettant en avant une expression poétique de plus en plus rare dans le paysage littéraire, les éditeurs nous expliquent le plus souvent que la poésie ne trouvait pas aisément preneur. Le poète, s’exprimant également en tant que libraire, nous déclare pour sa part que «cette situation n’est pas nouvelle. La poésie n’a jamais eu pour objectif de faire du chiffre, ni pour celui qui l’écrit ni pour son éditeur», estimant en conclusion que «la poésie est une passion qui réussit à se frayer un chemin dans le monde de l’édition. Aujourd’hui, elle existe grâce aux amoureux du verbe et à des éditeurs qui nous aident ». <