Par Maxime POPOV
La Russie a dit avoir remis hier à l’Ukraine trois navires militaires saisis un an plus tôt au large de la Crimée, à trois semaines d’un sommet censé relancer le règlement du conflit dans l’est ukrainien. La remise des bateaux, annoncée par Moscou mais pas confirmée dans l’immédiat par Kiev, est le troisième épisode de la relative détente des relations entre les deux pays depuis l’élection en avril à la présidence ukrainienne de l’ex-comédien Volodymyr Zelensky, favorable à une relance du dialogue. En septembre, un échange massif de prisonniers a pu avoir lieu, permettant notamment le retour en Ukraine des équipages des trois navires, après 10 mois de détention en Russie. Par ailleurs, de premiers retraits de troupes ukrainiennes et des forces séparatistes prorusses ont pu avoir lieu dans trois secteurs de la ligne de front dans l’est. Dernier signe de ce réchauffement, un sommet le 9 décembre à Paris doit réunir Emmanuel Macron, Angela Merkel, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky. Pour les présidents russe et ukrainien, il s’agirait de leur première rencontre. Aucun sommet de ce type, appelé format «Normandie», n’a eu lieu depuis 2016, or c’est justement ce forum qui organise le processus de paix issus des accords de Minsk en 2015, au point mort depuis trois ans. Le Kremlin a confirmé lundi cette rencontre tout en appelant à ne pas avoir d’attentes «exagérées». Le conflit entre séparatistes pro-russes, que Moscou dément soutenir, et Kiev a fait quelque 13.000 morts depuis son déclenchement en 2014. Le retour des trois navires ukrainiens apparait donc comme un geste de bonne volonté de Moscou. Ces bâtiments avaient été saisis par les gardes-côtes russes en novembre 2018, au large de la Crimée, territoire ukrainien annexé par Moscou en 2014. Cet incident a constitué la première confrontation armée directe entre les deux anciennes républiques soviétiques. Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé en début d’après-midi avoir remis les navires aux Ukrainiens, tout en promettant de «continuer à réprimer fermement toute provocation aux frontières». La marine ukrainienne a de son côté dit n’avoir «aucun commentaire» à faire. Dès dimanche, une vidéo diffusée par des médias de Crimée montrait les bateaux remorqués par des gardes-côtes russes, passant sous le pont construit à grands frais par Moscou pour relier la péninsule annexée au reste de la Russie.
Avancées
Moscou avait saisi manu militari les navires, dénonçant une «provocation» et les accusant d’avoir pénétré illégalement dans ses eaux territoriales dans une région contestée de la mer d’Azov, via le détroit de Kertch. Les gardes-côtes russes avaient alors ouvert le feu et capturé 24 marins ukrainiens, en blessant trois. Les marins ont finalement été relâchés en septembre dans le cadre de l’important échange de prisonniers du mois de septembre, qui a aussi vu la remise en liberté du réalisateur ukrainien Oleg Sentsov et la remise à Moscou d’un suspect dans la destruction au-dessus de l’Ukraine de l’avion du vol MH17 en juillet 2014. L’achèvement, le 9 novembre, d’un retrait de troupes ukrainiennes et séparatistes pro-russes de trois petits secteurs de la ligne de front dans l’est de l’Ukraine a rempli une condition clé fixée par Moscou pour participer à un sommet sur la relance du processus de paix. Mais ce recul des troupes, ordonné par le président Zelensky, est impopulaire au sein d’une partie de la population ukrainienne, en particulier chez les nationalistes et des vétérans qui ont manifesté en nombre pour dénoncer une «capitulation». Pour la Russie, la résolution du conflit dans l’est ukrainien passe par l’adoption d’un statut d’autonomie pour les territoires séparatistes de Lougansk et Donetsk, puis la tenue d’élections locales dans ces régions largement russophones et frontalières de la Russie. M. Zelensky s’y est dit favorable, une fois que les rebelles auront rendu les armes. Kiev et Moscou sont à couteaux tirés depuis l’arrivée à l’hiver 2014 de nouvelles autorités pro-occidentales à Kiev et l’annexion de la Crimée. Ukrainiens et Occidentaux accusent aussi la Russie de soutenir financièrement et militairement les séparatistes, ce que le pouvoir russe dément malgré les constations de nombreux médias dont l’AFP.n