Le film documentaire « Nar » (feu), de la réalisatrice Meriem Achour Bouakkaz, a été projeté dans la soirée de samedi, à la salle Ibn Zeydoun de l’Office Riadh El Feth (Oref), dans la sélection films hors compétition du 10e Festival international du cinéma d’Alger (Fica).

D’une durée de 52 mn, « Nar » a clôturé, ainsi, cette 10e édition du Fica dédiée au film engagé, avec une thématique poignante à travers une œuvre explorant la violence extrême de l’immolation par le feu que la réalisatrice tente de déchiffrer grâce aux témoignages de survivants.
Dans ce film, Meriem Achour Bouakkaz donne la parole à des citoyens algériens, qui ont survécu à une tentative de suicide par immolation, en essayant de comprendre ce choix d’une extrême violence. Les témoignages des survivants convergent vers un profond désespoir et un malaise social omniprésent, résultant de divers problèmes comme le chômage, la promiscuité, le problème de logement, ou encore le manque d’infrastructures sportives et culturelles dans des zones parfois très isolées. Pour ces survivants, qui reviennent d’une expérience traumatisante, ce choix résultant d’un profond désespoir s’est imposé parfois comme « ultime recours après des tentatives d’immigration clandestine ou après avoir épuisé toutes les voies pour trouver des solutions à leurs problèmes », rapporte l’APS. Le documentaire donne également la parole à des familles endeuillées par la perte d’un fils ou d’un frère qui a choisi le feu pour crier son désespoir. Le premier cas d’immolation par le feu dans le pays est survenu en 2004, relève Meriem Achour-Bouakkaz. Il y a eu un pic lors du printemps arabe en 2010. Aujourd’hui, il y en a de plus en plus, précise la vétérinaire devenue cinéaste. Les témoignages des jeunes survivants et ceux des familles de victimes qui se sont donné la mort font tout simplement froids dans le dos.
La réalisatrice avait confié dans l’une de ses interviews que cette extrême action illustre en fait une « rupture avec l’espoir, une rupture avec la vie et le refus de mourir dans l’anonymat ». Elle avait ajouté qu’«il y a souvent un déclic, une injustice, un emploi auquel il est difficile d’accéder, une décision de justice défavorable. Les gens peuvent être victimes d’une injustice ou méprisés par les autorités. S’ils n’ont pas accès au minimum pour se sentir dignes et respectés, s’ils se sentent blessés dans leur dignité, ils peuvent être poussés à bout et commettre le pire. Ils s’immolent par le feu devant tout le monde ». Elle souligne également, suite aux nombreuses rencontres lors du tournage de son documentaire, que « le peuple algérien a soif de changement et a une envie de renouveau. La jeunesse a soif de vivre. Le potentiel humain est très riche et les gens ne demandent qu’à s’exprimer ». Diplômée en médecine vétérinaire, Meriem Achour Bouakkaz change complètement de cap après avoir participé, en 2007, à un atelier de réalisation. Son premier film, « Harguine Hargine », sélectionné dans de nombreux festivals, remporte les Prix du jury au 11e Festival de courts métrages africains Ciné Sud (France/2010), Prix du meilleur rapport filmant/filmé au Festival la Charnière (France/2009)). En 2010, elle coréalise un long métrage documentaire, une exploration du statut de la femme algérienne à travers ce qu’elle vit dans l’espace public. Arrivée à Montréal en 2011, elle est admise à l’Institut national de l’image et du son, où elle est formée à la réalisation de documentaires. Depuis, elle a effectué plusieurs stages, a travaillé en tant qu’assistante et a reçu des bourses pour réaliser son troisième film « Nar ».
Lors de cette dernière soirée de projection du Fica, la réalisatrice Fatima Ouazene a également présenté son court métrage de fiction « Décennie noire », relatant en 12 mn l’histoire d’un père de famille qui décide de marier ses filles discrètement dans une mosquée de crainte que ces dernières ne soient kidnappées par un groupe terroriste. Inauguré le 7 novembre, la 10e édition du Fica s’est clôturée dans la soirée de samedi après la projection de 24 films (documentaire, courts et longs métrages) en compétition en plus d’une sélection de huit films hors concours.