Le film-documentaire « Les enfumades du Dahra, le crime de la civilisation », réalisé par Abderrahmane Mostefa, a été projeté, en hors-compétition, avant-hier dans le cadre du 10e Festival international du cinéma d’Alger (Fica), à l’occasion de la journée de clôture.
Le documentaire démontre de la façon la plus sensible, un chapitre douloureux de l’histoire coloniale. Durant 74 minutes, le public de la salle Ibn Zeydoun, de l’Office Riadh El Feth (Oref) s’est vu plongé dans les coulisses des tortures et de l’extermination de plus d’un millier d’Algériens dont des femmes, des enfants et des vieillards de la tribu des Ouled Riah, par l’armée coloniale. Les victimes, qui avaient trouvé refuge dans les grottes sur les monts du Dahra à l’est de Mostaganem, ont péri asphyxiées dans le brasier entretenu par les assaillants.


«Les enfumades du Dahra, le crime de la civilisation », en versions arabe et française, met ainsi à nu l’atroce politique du général Bugeaud, à savoir la répression et la destruction systématiques du tissu social et économique des populations algériennes et la confiscation de tous leurs biens. Le réalisateur s’est appuyé dans ce documentaire sur des témoignages de chercheurs et d’experts en la question, à l’exemple de Fouad Soufi, l’historien et chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), l’historien Amar Belkhodja et des historiens spécialistes du colonialisme Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Lors du débat qui a suivi la projection, Abderrahmane Mostefa, affirmera : « Mon film, je l’ai fini en octobre 2016. Je suis à une douzaine de projections, ce qui n’est pas suffisant car il faut le diffuser largement pour faire connaître ce pan oublié de l’histoire de l’Algérie sous le joug colonial.»

Plus de deux cents tribus exterminées par le colon français
En marge de la projection, le réalisateur nous confie : « J’ai commencé à travailler sur ce sujet, il y a déjà 30 ans. L’histoire m’a interpelé quand j’ai su, qu’à une heure de chez moi, s’est déroulé un véritable drame que personne n’évoquait. Ce qui m’a incité à me déplacer sur les lieux, pour lever le voile sur ce qui s’est passé. » Selon lui, « n’importe qui, muni d’une caméra, peut réaliser un sujet sur d’autres enfumades ». Il ajoute : «J’ai voulu survoler l’Algérie et montrer ses beautés, en passant par Tiaret, Tébessa, Constantine, Batna, l’Oranie, ou encore ici dans la Mitidja ». En poursuivant que « nous qui nous trouvons derrière les caméras et aussi vous, journalistes, nous n’avons rien fait. Beaucoup de personnes ne connaissent pas l’ampleur de ces crimes qui se sont déroulés durant cette période. Il m’était difficile de revenir sur un drame qui a été oublié après 174 ans. Le comble de la bêtise est que les autorités locales ont construit une route sur le site mémoriel ».
Le réalisateur avoue, dans le même sillage, que « nous avons essayé de sauver ce qu’il restait à sauver et de montrer au monde ce qu’ont subi les Algériens, à cette époque, sachant qu’on n’était pas en guerre. Actuellement, il y a plus de 200 tribus qui ont été effacées de la carte sociale de l’Algérie, à l’exemple de celles des tribus de Cherchell et de Constantine ».
En ce qui Concerne les archives, et les difficultés auxquelles il a fait face, le réalisateur estimera : « Je n’ai pas eu le luxe d’aller fouiller dans les archives, je n’ai rien trouvé sur cette période. J’avais les historiens que vous avez vu témoigner, puis, j’ai eu la chance de rencontrer un arrière-petit-fils de l’une des victimes ». Aussi « j’ai voulu travailler sur des images réelles et montrer la nature, l’agriculture et des images de la grotte. La France dispose de quelques archives mais que nous ne pourrons pas avoir, car il faut payer très cher », a-t-il dit.
Par ailleurs, le réalisateur abordera la difficulté de sortir son film dans les salles algériennes. « Il est difficile de sortir mon documentaire dans les salles. Quand ce festival a sélectionné mon documentaire, je n’y croyais pas tellement, j’ai du mal à le diffuser », avant de conclure que « j’ai eu de la chance de le présenter aujourd’hui, ce qui est un grand avantage pour moi. Je pense qu’un film est vecteur de message et il devrait être présenté au public».