Comme il fallait s’y attendre, le début de la campagne électorale pour la présidentielle du 12 décembre prochain n’a pas été un moment politique fort. Mais plutôt un rendez-vous de couacs à profusion pour une campagne électorale, qui a vu cinq prétendants à la magistrature suprême entamer dans la difficulté la bataille électorale.

On s’attendait, en effet, à ce que le choix fait par plusieurs candidats d’entamer leur campagne dans le sud du pays, comme l’indice d’un aveu des postulants de la réalité que cette région n’a pas bénéficié de l’attention qu’elle méritait auprès des autorités. Mais rien de tout cela, et les candidats qui se sont rendu dans le Grand-Sud sont allés solliciter la « bénédiction » des zaouias et autres lieux de culte, alors qu’ils étaient attendus sur les questions de développement local, de répartition équitable des richesses du pays, de décentralisation de la décision politique…
Or, le candidat Abdelaziz Belaïd, président du Front El Moustakbel, comme Azzedine Mihoubi, postulants au nom du Rassemblement national démocratique (RND) ont jeté leur dévolu sur des zaouïas, de la wilaya d’Adrar, pour lancer leur campagne alors que ce n’est point le lieu indiqué pour évoquer avec les citoyens les préoccupations politiques, économiques et sociales du pays.
L’image donnée par Mihoubi et Belaïd, fortement diffusée sur les réseaux sociaux, de se mettre à l’écoute des hommes de religion n’est pas de nature à hisser le niveau de la campagne électorale, censée servir de moment de débat autour des questions qui préoccupent le citoyen.

Tebboune change son directeur de campagne
Chez le staff de l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, les choses ne se présentent pas comme l’aurait souhaité un des favoris de la course au palais d’El Mouradia. Signe d’une campagne électorale manifestement pas si bien préparée pour un prétendant à la magistrature suprême, la direction de campagne de l’ancien et éphémère chef de gouvernement perd sa direction. Le diplomate Abdallah Baali, qui devait diriger la campagne de Tebboune, n’est plus en poste, nous a affirmé hier Mohamed Laagab de la cellule de communication du même staff. Si les raisons de ce départ ne sont pas encore connues, il est d’ores et déjà certain que c’est un sacré coup pour le staff de Tebboune dans le sens où c’est celui qui allait coacher la campagne qui fait désormais défection.
Circonstance aggravante, cette défection survient à moment décisif qui est celui de l’entame de la campagne électorale, dont la direction échoit désormais à Mohamed Lamine Messaïd, qui occupait le poste de chef de Cabinet du Premier ministère durant les sept mois de Tebboune et pendant les années de Abdelmalek Sellal. Et si la candidature de Tebboune bénéficie d’un ralliement de plusieurs formations politiques, à l’image d’El Islah, de Filali Ghouini, il n’en demeure pas moins que sa campagne électorale peine à réunir les conditions d’un bon fonctionnement comme le témoigne la journée « consacrée à des questions d’organisation », censées être réglées bien avant le coup d’envoi de la campagne. Pour sa part, le candidat du mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina, s’il n’a pas manqué d’audace en programmant sa première sortie publique dans la capitale, théâtre et concentré hebdomadaire de la contestation de la présidentielle, il aura passé un début de campagne difficile comme en témoigne l’hostilité que lui ont réservé des citoyens opposés à la tenue de la présidentielle. Sur l’esplanade de la Grande-Poste, où il a prononcé un court discours applaudi par ses partisans, le candidat islamiste a fait également face à des slogans hostiles clamés par des opposants au processus électoral. En définitive, la première journée de campagne a été difficile pour les prétendants, appelés à faire preuve, dès aujourd’hui, de pédagogie politique pour amortir l’hostilité des citoyens à la consultation électorale du 12 décembre. <