La campagne électorale pour l’élection présidentielle du 12 décembre prochain ne sera ni une partie de plaisir ni de tout repos pour les cinq candidats en lice comme il a été constaté à travers les manifestations organisées, hier, dans quelques wilayas au premier jour de la course à l’investiture.

Ali Benflis, Abdelaziz Belaïd, Abdelmadjid Tebboune, Azzedine Mihoubi et Abdelkader Bengrina trouveront du mal à « prêcher » devant leurs partisans pendant la période que durera cette campagne électorale. Et pour cause, dès le premier jour, les opposants à la tenue des élections comme solution à la crise et dans les conditions actuelles se sont fait entendre. A Alger, où le candidat du Mouvement El Bina a quand même osé sortir pour une campagne de proximité, le climat était tendu.

Bengrina à Alger…
Devant sa permanence au boulevard Mostefa-Ben Boulaïd, des centaines de citoyens se sont rassemblés et crié des slogans hostiles aux élections. « Les braves de la capitale disent non à la présidentielle », « ulac, ulac l’vote ulac », « celui qui vote, trahit le pays », scandait la foule. Un portrait géant de Bengrina a été la cible des manifestants.
Abdelkader Bengrina, arrivé à bord d’un 4/4, a pu accéder aux marches de la Grande-Poste, entouré d’une cinquantaine de partisans et bien protégé par un cordon de sécurité.
Sur place, et dans une prise de parole qui n’aura pas duré longtemps, il dira toute la symbolique de cette place de la liberté, qui « a fait tomber l’empire de la corruption ».
« On fera de la Grande-Poste un musée de la liberté et de la dignité, car c’est de là que se sont libérés, la presse, l’homme d’affaires, l’étudiant, les Algériennes et les Algériens ». « Je m’engage à ériger une stèle en hommage aux martyrs du Hirak de la liberté, de la démocratie et de l’Algérie », a déclaré le candidat, rappelant avoir participé au Hirak durant les premières semaines. Un peu plus loin, Bengrina prononcera quelques mots devant la stèle à proximité du port d’Alger, où il dénoncera la corruption, promettant que dans son programme, « l’économie va se diriger vers l’agriculture, l’industrie, le tourisme, pour arrêter les factures de l’importation et du vol de l’argent du peuple, et redevenir un pays exportateur ».

Benflis à Tlemcen : Marche et interpellations
A Tlemcen, Ali Benflis, candidat de Talaie El Hourriyet, a tenu son premier meeting après que les forces de sécurité aient empêché une marche populaire anti-présidentielle d’arriver à la Maison de la culture Abdelkader-Alloula. La marche s’est ébranlée de la place Emir Abdelkader. Des dizaines de citoyens ont participé à l’action, où des slogans tels que « Benflis, dégage ! », « Libérez nos enfants, ils n’ont pas vendu la cocaïne »,
« Makanch intikhbat ya issabat», « Oh la honte, ils les ont ramenés par bus », « Etat civil non militaire », ont été scandés.
Par ailleurs, les accrochages avec les forces de l’ordre à proximité de la Maison de la culture ont fini par des arrestations. Aucun chiffre du nombre de personnes interpelées n’a été donné, mais il s’agit en tout cas de plus d’une dizaine.
Dans son discours, le candidat malheureux aux présidentielles de 2004 et de 2014 a critiqué les partisans du rejet.
« Supposons qu’on écoute les « non » et on ne va pas aux élections. Que faire ? On regardera la crise économique grandir ? Va-t-on appeler les étrangers pour nous gérer le pays ? Non. Les élections ne seront pas exemplaires, certes, mais acceptables. L’exemplarité viendra dans les élections d’après », a déclaré Benflis, avant de détailler son programme (lire en page 3).
« J’irai aux élections pour construire une démocratie, élaborer une Constitution, limiter les prérogatives du président et faire en sorte que le chef du gouvernement soit issu de la majorité parlementaire », a promis le candidat, s’engageant à « limiter les prérogatives du président de la République », « renforcer le travail de contrôle du Parlement», « libérer la justice et la Cour des comptes », et à « donner à l’opposition un statut qui lui permettra d’exercer une pression sur le gouvernement ».

Mihoubi et Belaïd choisissent les zaouias
Dans la wilaya d’Adrar, les deux candidats Abdelaziz Belaïd du Front El Moustakbal et Azzedine Mihoubi du Rassemblement national démocratique (RND), ont consacré leur matinée à des visites dans quelques zaouias, où ils ont eu droit à un accueil des notables et des chouyoukh. Belaïd s’est rendu dans les zaouias de Hadj Salem Ben Brahem puis de Sidi Lahbib, tandis que Mihoubi a entamé sa campagne dans la zaouia Sidi Mohamed Belkebir, avant de se rendre chez les notables de la zaouia Moulay El Habib. Les deux candidats ont prévu des meetings en fin de journée à la salle de cinéma et à la Maison de la culture de la wilaya. Mais, loin de ces lieux, des dizaines de citoyens, opposés à la tenue des élections, ont organisé une marche pacifique pour exprimer leur refus, a-t-on pu constater dans un live de l’action de protestation. Sur une grande banderole arborée par les manifestants, et où sont portées les photos des cinq candidats, on pouvait lire : « Les braves d’Adrar sont contre le cinquième mandat. Pas d’élection avec la bande». Tout le long de leur parcours, les participants scandaient « Ils l’ont vendue (l’Algérie) les traîtres », « Non aux élections » et « On vend le thé, mais nous ne vendrons pas le pays ».

Tebboune fait défection
Enfin, et concernant le candidat libre, Abdelmadjid Tebboune, son déplacement à Adrar a été reporté pour aujourd’hui. La direction de campagne de l’ancien Premier ministre a été ébranlée, au premier jour de campagne, par la démission de son directeur, le diplomate Abdellah Baâli, créant le doute dans les rangs. Très vite, ce dernier sera remplacé par Mohamed El Amine Messaïd, ancien chef de cabinet de Abdelmalek Sellal et d’Ahmed Ouyahia. Tebboune a donc raté le premier jour de campagne et s’est contenté d’une rencontre de proximité animée à Adrar par l’un de ses soutiens, en l’occurrence l’ancien ministre du Tourisme Hassan Mermouri.
Ainsi, de manière générale, le premier jour de la campagne pour la présidentielle du 12 décembre s’est déroulé dans un climat tendu. A Tizi Ouzou, une marche suivie d’un rassemblement ont été organisés, alors qu’à Chlef, des dizaines de citoyens ont tenu un sit-in devant le Tribunal pour réclamer la libération des détenus d’opinion. A la lumière de tous ces événements et la campagne anti-scrutin, les candidats auront du mal à se déplacer sur le terrain et à expliquer leurs programmes.