A l’occasion de l’inauguration de la semaine culturelle japonaise, qui se poursuivra jusqu’à lundi prochain à Alger, l’ambassadeur du Japon en Algérie, Son excellence Kazuya Ogawa, tout en mettant en relief l’importance de la culture pour le rapprochement des peuples, aborde dans cet entretien les principales entraves à un « réel » partenariat économique entre l’Algérie et le Japon. Il revient également sur les séquelles de l’assassinat des dix Japonais à Tiguentouine et les défis de la reconquête des investisseurs japonais dont le pays est la troisième puissance économique mondiale.

Reporters : Ce n’est pas la première fois que vous organisez une semaine comme celle-ci. La culture c’est aussi de la diplomatie ?
Kazuya Ogawa : Evidemment, la culture est une partie intégrante de la diplomatie. A côté de la politique et de l’économie, la culture joue un grand rôle dans la découverte de l’autre et le rapprochement des peuples et des nations. La culture intéresse la population en premier lieu. Elle permet aux peuples de se connaître et de partager les différentes expériences.

Le Japon était très présent économiquement en Algérie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, pourquoi ?
Historiquement parlant, pendant la décennie noire, l’Algérie a perdu beaucoup d’investissements japonais et d’autres pays également. Les étrangers qui ont quitté l’Algérie à cette époque ne sont pas revenus. En plus de cela, l’attaque terroriste de Tiguentourine, où dix Japonais ont été kidnappés et tués en plein désert, est encore vivace dans la mémoire des investisseurs japonais.

De mon côté, j’essaie de persuader les hommes d’affaires japonais de venir travailler et d’investir en Algérie. Car, maintenant, ce n’est plus comme avant, l’Algérie est devenue l’une des régions les plus stables et sécurisée dans la région.

Quels sont les dossiers de coopération sur lesquels vous travaillez actuellement et quels sont ceux qui vous semblent les plus importants et pourquoi ?
Comme vous savez, l’Algérie est un pays en voie de développement, elle ne possède pas beaucoup de moyens et de technologie en la comparant avec la troisième puissance mondiale qui est le Japon. Ce qui fait que la coopération n’est pas simple entre les deux pays. En plus de cela, le gouvernement algérien est actuellement temporaire. Ce qui n’encourage pas beaucoup la relance économique. D’un autre côté, l’Algérie est un pays riche par rapport aux autres pays africains, donc, le Japon ne peut pas faire de dons, mais ce que nous pouvons proposer en alternative, c’est de faire des crédits. C’est-à-dire de financer les grands projets, comme nous avons fait avec d’autres pays en voie de développement, à l’instar du financement de grands projets d’écoles et d’universités. Mais, l’Algérie refuse de se faire prêter de l’argent de l’étranger ou d’organisations internationales, pour le moment, cette opération est suspendue.

Quel est le volume d’échanges entre Tokyo et Alger aujourd’hui ?
Le volume d’échange est très faible. Le chiffre n’est pas très fameux. Il est de 500 millions de dollars. Ce chiffre ne reflète pas la taille de la potentialité de l’économie algérienne, encore moins celle de l’économie japonaise qui est la troisième au monde après l’américaine et la chinoise. C’est dommage. Mais, il y a beaucoup de possibilité de travailler ensemble.

En Algérie, on parle d’encourager l’export du produit algérien. Est-ce que le Japon peut être un marché pour les Algériens ?
Oui, bien sûr. Nous sommes intéressés par les produits agricoles, notamment les dattes. Le gaz naturel aussi, il faut savoir que le Japon est un client fidèle.
Quels sont les rendez-vous diplomatiques et politiques à venir entre le Japon et l’Algérie, en 2020, en particulier ?

Pour le moment, nous n’en avons aucun. Comme vous le savez, le gouvernement est temporaire. Néanmoins, cela n’empêche pas d’organiser des rendez-vous diplomatiques de coopération ou autres…
Revenant à la culture japonaise. Comment peut-on la définir en peu de mots ?
Peut-être la « délicatesse ». Derrière l’art que vous voyez, l’art floral par exemple, il y a de la philosophie.

J’ai constaté que la littérature japonaise est absente dans la semaine culturelle ?
Ah, oui. C’est vrai. Nous allons la programmer dans les prochaines éditions.

Quel est l’art le plus répandu au Japon ?
La culture est très vaste. Il n’est pas évident de pointer un. Je dirai, peut-être, la musique Pop ou la littérature japonaise.

Dernière question, quelle est la clé de réussite des Japonais ?
Le Japonais est très studieux et laborieux. Le peuple japonais ne cesse pas de travailler. Puisque nous n’avons pas d’autres richesses. Autrement dit, nous n’avons pas le choix…