La nouvelle autorisant les citoyens à importer des véhicules de moins de trois ans, entérinée jeudi dernier par l’adoption de la loi de finances 2020, a été accueillie avec euphorie par les cambistes du Square Port Said. Même si les gains de la journée du jeudi, date du vote, ont été marginaux, l’embellie du marché informel des devises pourrait être générale dans les semaines à venir.

Le marché parallèle des changes termine la semaine dernière sur une note marginalement positive : l’euro et le dollar continuent de grappiller quelques sous face à un dinar en déroute, alors qu’un projet de loi de finances 2020 était proposé au vote, jeudi, à la chambre basse du Parlement, située à quelques mètres du Square Port Said, réputé pour être la plaque tournante des transactions de change parallèle. Jeudi, les cambistes gardaient une oreille attentive à ce qui se disait à l’Assemblée nationale. Un article du projet de loi de finances 2020 les intéressait particulièrement.
Il s’agit de l’article 106 autorisant les citoyens à importer des véhicules de moins de trois ans, moyennant le recours à leurs fonds propres plutôt qu’aux devises des banques. Les membres de la Commission des finances et du budget de l’Assemblée ont proposé un amendement à l’article 106 du projet de loi relatif à l’autorisation d’importation des véhicules touristiques d’occasion à essence de moins de 3 ans en incluant les véhicules diesel, étant donné que l’article initial prévoiyait uniquement les véhicules à essence. L’article a été adopté par les députés. L’amendement aussi. La nouvelle a été accueillie avec euphorie par les cambistes du Square Port Said. Même si les gains de la journée du jeudi, date du vote, ont été marginaux, l’embellie du marché informel des devises pourrait être générale dans les semaines à venir. « Pour le moment, le marché tente de se retenir car l’application de la mesure n’est pas pour demain. Nous anticipons néanmoins une hausse de la demande de devises dès 2020 une fois que la loi de finances entrera en application », nous confie Ahmed, cambiste au Square Port Said. Selon lui, l’euro marquait une légère hausse jeudi, soit un euro pour 202 dinars, contre 1 euro=200 dinars la veille. Le gain a été également marginal sur la parité dollar-dinar, soit de 1 dinar de hausse par rapport à la veille ; un dollar valait 182 dinars, jeudi au Square Port Said, marché illégal mais toléré par les institutions de l’Etat. Pour le moment, même s’il est difficile d’établir dans quelle proportion sera la hausse de la demande attendue pour 2020, Ahmed pense qu’elle touchera essentiellement la monnaie unique puisque les véhicules concernés par l’article 106 de la loi de finances 2020 seront importés essentiellement depuis les pays européens. Mourad, cambiste aux galeries souterraines de la Place Audin, anticipe, lui aussi, une hausse de la demande dès 2020, mais dans des proportions modérées, étant donné que les véhicules de moins de trois ans, importés depuis l’Europe, risquent de coûter aussi cher que les voitures assemblées localement. « Si la demande venait à connaitre une hausse et que l’offre ne suivrait pas, car certaines sources commençaient à tarir, nous allons avoir forcément une hausse des cours des devises, ce qui rendra ces véhicules importés aussi chers que les voitures vendues en Algérie. D’après ce qui se dit, ceux qui vont importer des véhicules de moins de trois ans devront nécessairement couvrir les coûts par leurs propres devises. A cela s’ajouteront, probablement, plusieurs taxes et autres frais de transports….» Le gouvernement se voulait plutôt optimiste. En effet, le ministre des Finances, Mohamed Loukal, a déclaré, lundi dernier, devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN), que l’importation des véhicules touristiques de moins de trois ans par les citoyens et à leurs propres frais, conformément au Projet de loi de finances (PLF-2020) ne profitera pas au marché noir des devises. Selon lui, hormis les transferts des Algériens établis à l’étranger, estimés à 2,5 milliards d’euros, le marché noir des devises est financé par les plus gros vendeurs, à savoir « ceux qui s’adonnent à la surfacturation de l’importation » et les plus gros acheteurs, connus pour leur évasion fiscale. «Pour maîtriser cet espace, nous devons maîtriser la surfacturation de l’importation et l’évasion fiscale », a-t-il dit. M. Loukal a souligné que «l’Etat veille à ce que l’importation des véhicules de moins de trois ans s’effectue dans une totale transparence, d’où son refus d’autoriser les concessionnaires automobiles agréés à assurer ce type d’importation ». En tout cas, il faut attendre à ce que la loi de finances 2020 devienne effective et les textes d’application de l’article 106 soient publiés pour anticiper l’impact d’une telle mesure sur le marché informel des devises. Car, ce marché se nourrit aussi de la spéculation et de la rumeur. <