Les cinq candidats à l’élection présidentielle du 12 décembre ont signé, hier, au Centre international des Conférences, à Alger, la Charte d’éthique des pratiques électorales, tel qu’énoncée dans la loi portant création de l’ANIE.

La Charte expose les principes directeurs et les pratiques particulières qui forment le cadre du comportement moral attendu des acteurs et personnes participant au processus électoral. Elle est fondée sur «le respect profond et durable du processus démocratique et sur l’observation des lois et textes subséquents qui codifient les règles des élections et des campagnes électorales». Elle définit également «le comportement moral relatif au processus électoral qui entend le respect des principes démocratiques de base, à travers le libre exercice des droits démocratiques sans intimidation, notamment le droit de se porter candidat, le droit de vote, le caractère secret du vote, la transparence du financement des campagnes électorales ainsi que l’indépendance et la neutralité de l’institution en charge des élections et des services qui en dépendent». Ces derniers doivent s’engager à s’astreindre au respect d’impartialité et de traitement équitable des candidats. De même qu’ils doivent s’interdire tout comportement susceptible d’altérer ces principes. Telles sont les assurances du président de l’ANIE, Mohamed Charfi, qui s’est engagé à ce que l’Autorité, qui s’est vu conférer de larges prérogatives par la loi, «concrétise et approfondisse la démocratie constitutionnelle, ainsi que la promotion du régime électoral permettant l’alternance pacifique et démocratique de l’exercice du pouvoir».

Les quatorze «commandements»
Les cinq candidats engagés dans la course à la présidentielle, à savoir Ali Benflis, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Abdelaziz Belaid et Azzedine Mihoubi doivent observer, selon la Charte d’éthique, un engagement qui s’articule autour de quatorze points durant la campagne électorale dont le coup d’envoi est donné aujourd’hui. Il s’agit pour eux, entre autres, de «s’efforcer de faire toujours des déclarations publiques véridiques» et de «s’abstenir de tous propos diffamatoires, insultes ou invectives envers un autre candidat ou acteur du processus électoral et toute autre déclaration qu’ils savent être erronée». De même que les candidats et leurs partis «ne feront sciemment aucune déclaration erronée concernant les résultats officiels du scrutin». Ils s’engagent à «ne publier aucune annonce ou matériel publicitaire tel que dépliants, brochures, prospectus, bulletins d’information, messages électroniques, pancartes ou affiches qui présenteraient des déclarations diffamatoires par rapport à un autre candidat ou parti politique», à «respecter l’interdiction de toute forme de publicité des candidatures en dehors des emplacements réservés à cet effet».
Le respect du programme des réunions et des meetings de la campagne validé par l’ANIE est également au titre des engagements, ainsi que le respect de l’interdiction de l’utilisation de langues étrangères durant la campagne. Il faudra également respecter l’interdiction de l’utilisation de tout procédé publicitaire commercial à des fins de propagande électorale durant la campagne, ainsi que l’usage malveillant des attributs de l’Etat». Parmi les autres engagements, on peut citer celui de ne faire «aucune annonce publicitaire contenant des propos ou des représentations visuelles de nature à inciter à la haine, à la discrimination, à la violence ou à jeter le discrédit sur les institutions de la République». Les lieux de culte, les institutions et administrations publiques, ainsi que les établissements d’éducation, d’enseignement et de formation, quelle que soit leur nature et appartenance, sont interdits d’utilisation à des fins de propagande électorale.
Les candidats et leurs partis doivent s’interdire «toute action qui pourrait entraver ou perturber le bon déroulement de la campagne d’un autre candidat.

De plus, ils n’encourageront pas et ne toléreront pas ce type d’agissement de la part d’un autre candidat. Ils s’engagent à ne pas détruire, dégrader ou retirer les supports de campagnes des autres candidats».
Enfin, les candidats et leurs partis s’engagent à n’utiliser «aucun moyen détourné (menace ou promesse directe ou indirecte) pour contraindre ou pour inciter des citoyens à voter pour un candidat», et à «ne recourir durant la campagne à l’utilisation des moyens et privilèges desquels ils disposent au titre de leur position ou fonction».

Déclarations des candidats
Dans sa déclaration à l’issue de la signature de la Charte d’éthique des pratiques électorales, le candidat Abdelaziz Belaid a déclaré que «le Front El Moustaqbal, depuis sa création en 2012, n’a jamais cessé d’appeler à la moralisation de la pratique politique». Il a estimé, dans ce sens, que «la Charte d’éthique des pratiques électorales est le point de convergence de tous les candidats» et s’est engagé à «une campagne intègre et à mener les Algériens à bon port» s’il est élu. Pour sa part, Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet, a estimé que «la Charte d’éthique est quelque chose de nouveau et de grandiose qui contribuera à l’intégrité du scrutin présidentiel». Il s’est également félicité de «la création du nouveau-né qu’est l’ANIE» et a loué le travail qu’elle effectue le qualifiant d’«historique pour l’Etat et pour le peuple», avant d’assurer qu’il persévérera dans son «travail toujours, au service de notre cher pays».
Pour Abdelmadjid Tebboune «la Charte contribuera à la construction d’une Algérie démocratique, juste et intègre». Le candidat libre a exprimé sa «fierté d’avoir assisté à la première pierre de l’Algérie nouvelle» et sa «reconnaissance au président de l’ANIE d’avoir posé cette première pierre pour l’Algérie de demain».
Le président d’El Bina, Abdelkader Bengrina, estime que «l’Algérie construit sa démocratie à travers cette Charte». Jusqu’à présent, a-t-il dit, «je suis satisfait de la performance de l’ANIE et j’espère que cette performance sera la même au niveau local». S’exprimant sur les relations entre les candidats, il a déclaré : «Nous sommes les partenaires d’une nation en compétition pour un poste à la présidence et pas des ennemis».
Intervenant à son tour, Azzedine Mihoubi, secrétaire général du RND par intérim, a estimé que «cette Charte est un véritable contrat moral entre les candidats et le peuple qui donnera sa légitimité à qui il le désire», ajoutant a ajouté que «l’Algérie a assisté aujourd’hui à la naissance de la culture de l’intégrité et de la concurrence loyale».