« André Ravéreau et l’Algérie : Et le site créa la ville », dernier film-documentaire du réalisateur Jean Asselmeyer, a été présenté en avant-première dans le cadre de la sélection hors compétition du 10e Festival international du cinéma d’Alger (Fica), vendredi dernier à la salle Ibn Zeydoun.

Dans son nouvel opus, Jean Asselmeyer revient, à travers une série d’entretiens réalisés entre 2012 et 2017, sur le travail de l’architecte français longtemps établi en Algérie, André Ravéreau. Un architecte de génie, disparu en octobre 2017 et qui reste l’une des références incontournables de toute étude des architectures traditionnelles du M’Zab et de la Casbah d’Alger. Le documentaire est, dès lors, volontairement axé sur les concepts architecturaux décrits par André Ravéreau, plutôt que sur sa biographie.
Le réalisateur nous précise, en marge de la projection, qu’il avait voulu montrer la « synthèse » à laquelle était parvenu l’architecte auquel l’Algérie a décerné, en 2012, la médaille du rang d’Achir de l’Ordre du mérite national. Ses études de la « fonction des architectures traditionnelles » ont abouti à plusieurs publications, dont « Le M’zab, une leçon d’architecture » (Sindbad, 1981), ainsi qu’à des créations s’en inspirant très largement, dont l’une des plus connues est le bâtiment de la Poste de Ghardaïa. Une bâtisse alliant fonction, formes traditionnelles, mais également une « modernité » dans l’approche, de par l’économie des matériaux, ainsi qu’une forte dose d’innovation que l’on retrouve entre autres, explique le documentaire, dans le concept des « murs masques » destinés à réguler la température interne de la construction. Le film est construit sur une série d’entretiens avec André Ravéreau lui-même, ainsi que des images d’archives extraites d’un film qu’avait réalisé Manuelle Roche, qui était la compagne d’André Ravéreau, consacré à la construction du bâtiment de la poste de Ghardaïa. 
Le réalisateur Jean Asselmeyer a également fait appel à des architectes et urbanistes, à l’image de Halim Faidi, ou encore la spécialiste de la tradition dans l’architecture Yasmine Terki, le film faisant voyager le spectateur de la vallée du M’Zab à la Casbah d’Alger, en passant par l’Aérohabitat, une bâtisse emblématique d’Alger ou résidera André Ravéreau.
Le réalisateur Jean Asselmeyer, qui annoncera que son documentaire devrait prochainement être traduit en langue arabe, a précisé que son objectif et son idée principale étaient de mettre en avant une pensée où prédominait la fonction des bâtisses et surtout leur ancrage dans le site, ainsi que l’économie et l’aspect pratique de l’architecture traditionnelle. «C’est important de rappeler qu’il n’avait que très peu de respect pour les palais et toutes la symbolique qu’ils portent. Quand j’étais allé le voir en Grèce, où il a bâti sa maison, il m’avait clairement dit que ce qui l’intéressait était avant tout l’architecture des gens, des peuples ».
Le dernier documentaire de Jean Asselmeyer fait suite à plusieurs films consacrés à l’Algérie et à son histoire. Il a également produit plusieurs documents consacrés à l’architecture en Algérie, notamment un « parcours » dédié à l’architecture d’Alger en faisant intervenir des personnalités du monde de la culture « Regards d’en face », ou encore, en 2005, un film sur l’architecte suisse Jean-Jacques Deluz, intitulé « Jean Jacques Deluz, Alger, leçon d’architecture ».