En lice cette semaine avec le Portugal, Cristiano Ronaldo est critiqué depuis dimanche. Remplacé lors du match Juventus – AC Milan, il avait manifesté son mécontentement. Un comportement peu étonnant, si l’on tient compte de son caractère et des sautes d’humeur qui ont jalonné sa carrière. Peut-il encore se le permettre, à 34 ans et en étant moins dominant ? Cela fait souvent sa force, mais parfois aussi sa faiblesse. Cristiano Ronaldo ne supporte pas l’échec, abhorre la contrariété. Cela s’est vu dimanche, à l’occasion de sa sortie controversée, dès la 54e minute, lors d’un Juventus – AC Milan pour lequel il était incertain à cause d’une douleur à un genou. Sélectionné avec le Portugal pour la réception de la Lituanie, ce soir, et le déplacement au Luxembourg, dimanche, dans le cadre des qualifications de l’Euro 2020, CR7 n’en est pas à son coup d’essai dans le domaine. Un exemple ? En février 2018, alors au Real Madrid, il avait été sorti par Zinedine Zidane à dix minutes de la fin, sur la pelouse de Levante. Isco venait de donner un but d’avance aux Merengue, mais Ronaldo, lui, quittait la pelouse sans avoir marqué. Le Portugais avait montré des signes d’énervement sur le banc, invitant le caméraman à ne pas le filmer. Levante avait arraché le nul, 2-2… puis CR7 avait claqué un triplé lors du match suivant. Ce week-end, cela a donc pris des proportions plus importantes. Même si Ronaldo s’est fendu lundi d’un laconique «match difficile, victoire importante», sur Instagram, pour dégonfler la polémique et semble bien parti pour éviter une sanction financière. On n’en est pas là, tant il reste selon des dires unanimes de ses coéquipiers un exemple à l’entraînement, mais CR7 pourrait pénaliser à terme son équipe, s’il passe de star à diva.

Incartades en dehors mais surtout sur le terrain
Dans sa carrière, le buteur le plus prolifique de l’histoire de la Ligue des champions a déjà causé du tort à ses coéquipiers de manière plus directe. Sa difficulté à garder ses nerfs ne s’exprime pas toujours par de la bouderie. Ronaldo a ainsi été exclu onze fois en pro, dont cinq fois avec le Real, principalement à cause de gestes violents.
En 2009, dès sa première saison à Madrid, le transfuge de Manchester United avait conclu cinq minutes d’émotions fortes par un pétage de plombs, lors d’un succès des siens face à Almeria : penalty raté à la 82e minute, but et premier carton jaune pour maillot enlevé durant la célébration à la 84e, puis deuxième biscotte pour un coup de pied asséné à un adversaire, Juanma Ortiz, à la 87e. Cinq ans et demi plus tard, son exclusion face à Cordoue a été encore plus marquante, dans le registre accès de colère non-maîtrisé. Coup de poing et coup de pied y sont passés, et Ronaldo pouvait s’estimer plutôt verni de n’être suspendu que deux matches à la suite de cette sortie de route.

«Ronaldo n’a pas dribblé d’adversaires depuis trois ans»
Et avec la Juve alors ? En septembre 2018, Ronaldo a écopé de son premier carton rouge en Ligue des champions, en déplacement à Valence, à la suite d’un accrochage avec Jeison Murillo. Le tout à l’occasion de son premier match avec la Vieille Dame dans la compétition, et de son retour en terre espagnole. A l’échelle de sa carrière et du traitement de «faveur» que lui réservent souvent ses adversaires, le quintuple Ballon d’Or portugais peut difficilement être targué de caractériel : il n’a que rarement dégoupillé à l’aune de ses nombreuses opportunités de le faire. Mais tout de même, Ronaldo a donc quelques casseroles en la matière. Est-il trop sanguin ? Se sent-il doté d’une impunité inhérente à la place qu’il occupe dans le football mondial ? Un peu des deux, peut-être. Si on retient la thèse du sentiment d’impunité, il faut alors se pencher sur le niveau de Cristiano. Fabio Capello l’a fait, sur Sky Italia : «La vérité, c’est que Ronaldo n’a pas dribblé d’adversaire depuis trois ans.» La vérité n’est pas là, même si le jeu de CR7 a évolué. Moins redoutable balle au pied, Ronaldo l’est sans doute à 34 ans, mais il est encore capable de percer les défenses. Et son rendement à la conclusion reste bon, avec 34 buts en 57 matches pour le club piémontais, dont un triplé décisif face à l’Atlético en huitièmes de finale de C1, en mars dernier.

Plus lisse en sélection ?
Mais cette semaine, c’est avec son pays et non son club qu’il va devoir briller. Et en sélection, Cristiano a moins de choses à se reprocher. Il n’a, par exemple, jamais été expulsé. L’échantillon est moins grand, certes (162 capes, tout de même), mais c’est une statistique notable pour l’homme aux 95 réalisations. Lors de la Coupe du monde 2018, on a bien vu poindre un parallèle avec son exclusion de 2009 face à Almeria, lorsqu’il a raté un penalty face à l’Iran, avant d’être pris par la patrouille pour un coup de coude. Mais après l’arbitrage vidéo, il n’avait été sanctionné que d’un carton jaune. Globalement, Ronaldo s’est déjà laissé submerger par ses émotions avec sa nation – on se souvient de ses pleurs en finale de l’Euro 2004 -, mais quasiment jamais au point de risquer de lui nuire. Si le niveau de Cristiano Ronaldo baisse sans que son ego ne s’y adapte, cela posera un jour un problème. Mais considérer qu’il se pose déjà semble prématuré. Quoi qu’en dise Capello, en club, les statistiques et l’aura de CR7 éclipsent toujours ses sautes d’humeur. Tandis qu’en sélection, soulever ce débat est encore moins d’actualité.