A quatre jours du coup d’envoi de la campagne électorale, l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) apporte les dernières retouches à son agenda de précampagne devant mettre en place des garanties d’un traitement équitable entre les cinq candidats. Cela au moment où le pays traverse une situation politique inédite de son histoire dans un climat de tensions et d’incertitudes.

L’Autorité que préside Mohamed Charfi doit procéder, aujourd’hui, au tirage au sort pour «la répartition équitable du temps de passage des candidats ou de leurs délégués dans les différents médias durant la campagne électorale», selon le chargé de communication de l’ANIE. C’est aujourd’hui, également, que Mohamed Charfi doit s’enquérir de la façon dont seront effectuées les séances d’enregistrement en direct dans les studios de la Radio nationale et de la Télévision algérienne, a-t-il ajouté, en précisant que l’Autorité n’a pas l’intention de dicter aux candidats le contenu de leurs discours durant la campagne qu’ils doivent mener 21 jours durant.
Des jours qui pourraient se révéler «les plus longs» de leur vie au vu de ce qui pourrait les attendre face à une partie des Algériens qui refuse la tenue de l’échéance électorale du 12 décembre prochain. Un avant-goût a déjà été donné lorsque l’un des candidats a été aperçu, un soir, dans un quartier d’Alger, où il s’est fait huer par des jeunes qui l’avaient reconnu. Il y a également eu l’épisode de l’empêchement de l’ouverture du bureau du RND à Béjaïa il y a quelques jours, et ceci avant même que la liste des candidats retenus soit annoncée par l’ANIE et confirmée ensuite par le Conseil constitutionnel.
C’est dire que la campagne électorale s’annonce difficile dans le contexte actuel empreint d’une tension qui s’exacerbe chaque jour un peu plus. Une campagne qui ne peut se faire sans que les candidats soient face au peuple devant lequel ils doivent prêcher la bonne parole pour les convaincre d’aller au vote et de voter pour eux. Il y aura certainement aussi beaucoup de discours de la part d’associations et autres organisations qui se manifestent en temps d’élections pour tenter de convaincre d’aller massivement aux urnes, car parmi les enjeux du prochain scrutin dont l’issue reste incertaine, il y a également l’obtention d’un minimum acceptable de participation pour lui donner une légitimité populaire.
La confrontation des candidats avec le peuple est une étape que bon nombre d’observateurs appréhendent, sachant que non seulement les candidats ne font pas consensus, encore moins l’idée même du scrutin. C’est ce qui continue d’être exprimé dans les marches pacifiques du mouvement populaire les vendredis et les mardis. Un mouvement qui a déjà fait avorter deux élections présidentielles, celles du 18 avril et du 4 juillet.
Face à ce mouvement, un autre est apparu ces derniers temps, celui du soutien à la future présidentielle. A travers plusieurs villes du pays, il y a eu des marches populaires se déclarant favorable à la tenue du scrutin. Là encore, les observateurs ne cachent pas leur appréhension et tirent même la sonnette d’alarme face à l’éventualité de voir des affrontements entre les «pour» et les «contre» la présidentielle parmi la population si la situation perdure telle qu’elle est.
A ce triste tableau vient s’ajouter l’épisode des jeunes détenus pour port de l’emblème amazigh contre lesquels des jugements différents sont prononcés pour le même chef d’inculpation : de l’acquittement pur et simple à une condamnation allant jusqu’à un an de prison dont six mois de prison ferme. Une situation que ne s’expliquent pas beaucoup d’Algériens et qui ajoute à la confusion dans laquelle se débat le pays qui traverse une étape inédite de son histoire et dont l’issue demeure la grande inconnue.
En attendant que le ciel Algérie se dégage, les candidats à la présidentielle n’ont pas attendu le coup de starter de la campagne électorale pour se lancer dans la promotion de leurs programmes respectifs. Cela fait déjà quelques jours qu’ils sont invités sur les plateaux des chaines de télévision privées pour en parler. Hier encore, c’est sur les ondes de la Radio nationale que le représentant d’un candidat a été invité pour faire la promotion et de son candidat et de son programme.
Ce qui démontre que la campagne a bel et bien commencé pour certains, alors qu’elle ne doit légalement débuter que dimanche prochain. Une campagne que l’Autorité en charge des élections voudrait «propre» et pour laquelle elle a élaboré une «Charte d’éthique des pratiques électorales» que devront signer trois parties : l’ANIE, les candidats à la course à la présidentielle et les médias. A travers la signature de cette charte qui devra intervenir samedi prochain, soit la veille du lancement de la campagne électorale, chacune de ces trois parties devra s’engager à respecter les clauses qui la concernent.
La Charte d’éthique des pratiques électorales, rappelle-t-on, est fondée sur le respect «profond et durable du processus démocratique et sur l’observation des lois et textes subséquents qui codifient les règles des élections et des campagnes électorales». Elle énonce également que «tous les acteurs participant au processus électoral doivent accepter la responsabilité d’agir de façon à maintenir et à renforcer la confiance du citoyen par rapport à l’intégrité et la transparence du processus électoral».