Si son nom a été gravé pour l’éternité et devenu une expression commune, Raymond Poulidor s’est plié à la loi de l’éphémerité. Le légendaire cycliste français est décédé hier matin. Il avait 83 ans. « Il est parti ce matin (hier NDLR), vers 2h00 », comme l’a révélé son épouse Gisèle à l’AFP. Sa conjointe ajoutera qu’ « il avait le cœur très fatigué ». Tant de cols domptés, de sprints déclenchés, et de tours bouclés sur vélo. Tant d’exploits pour celui qui a vu l’étiquette de l’ « éternel deuxième » lui coller à la peau. « Poulidor » est donc devenue la tournure pour parler des perpétuels seconds d’un concours. Mais « Poupou », de son surnom, n’était pas un loser. C’était même un solide rival.

Hospitalisé début octobre au centre hospitalier de Saint-Léonard de Noblat, celui qui compte, néanmoins, un sacre sur le Tour d’Espagne à son actif, n’a plus quitté l’établissement depuis qu’il y a pénétré. Non, Raymond n’est pas un spécialiste de la défaite ni un beau-perdant. C’est un cycliste qui n’a jamais manqué d’ambition.
Pour preuve, il a été constant et présent sur les importants évènements deux décennies durant. Entre 1960 et 1977, il aura été le concurrent direct de Jacques Anquetil ainsi que le Belge Édouard Louis Joseph, plus connu sous le nom d’Eddy Merckx qui a 74 ans aujourd’hui. Face à ces deux géants, il n’était pas facile de triompher sachant qu’ils compilent, à eux seuls, 10 Grandes Boucles avec 5 consécrations pour chacun.
A l’époque, les Français avaient témoigné déjà de l’admiration pour cet homme. Ils aimaient sa simplicité et son humilité à toute épreuve. Même dans les plus amères défaites. Malgré les innombrables désillusions et les échecs au pied de la plus haute marche, Poulidor a remporté deux Milan-San Remo, une Flèche Wallonne ainsi que sept victoires en épreuves sur le Tour de France. Joli CV bien que certains pensent qu’il n’a pas eu constamment droits aux honneurs.

Il y aura toujours des « Poulidor »
Le seul regret qu’il aurait pu avoir est qu’il n’a jamais pu enfiler un maillot jaune du Tour de France. Mais il a eu la gloire autrement. En devenant une référence de la langue de Molière : « Je suis devenu un nom commun », racontait-il avec ce sourire dont il ne s’en sépare jamais. Tous les jours il y a un Poulidor à la radio, à la télévision. Dès qu’il y en a un qui fait 2e à la pétanque par exemple, c’est un Poulidor. L’équipe de rugby de Clermont a fait plusieurs finales du championnat de France (11) mais n’en a gagné qu’une seule, ce sont des Poulidor(s).»
Il ajoutera, par ailleurs, que « cette popularité, je ne me la suis jamais vraiment expliquée » non sans reconnaître qu’ « elle ne m’a pas toujours rendu service. Elle modérait mes ambitions. Premier ou deuxième, on me réservait toujours le même accueil. Je me souviens des journalistes, les soirs de grande défaite. Ils osaient à peine pousser ma porte, tant ils me pensaient abattu, et ils me trouvaient réjoui. » Le figure de la petite reine, qui était ambassadeur pour la banque LCL lors du dernier Tour de France, s’en est donc allé. Pour de bon cette fois. Il aura laissé derrière lui un nom gravé dans tous les esprits, les dictionnaires ainsi qu’au panthéon des personnalités inoubliables et légendaires. Poulidor vivra toujours à travers les beaux deuxièmes.