Les verdicts contradictoires, à 24 heures d’intervalle, rendus par les deux tribunaux algérois de Sidi-M’hamed et de Bab El Oued, reflètent, le moins que l’on puisse dire, un état de cafouillage qui règne dans le secteur de la justice, secoué depuis le début de la dynamique populaire en cours, par une série de contestations et de changements.
Aux condamnations à des peines de prison ferme, prononcées par le tribunal de Sidi-M’hamed, font face celle, du tribunal de Bab El Oued qui a acquitté, hier, les 5 prévenus accusés comme leurs codétenus d’infortune d’« atteinte à l’unité nationale ».
Ce cafouillage visible au sein de l’appareil judiciaire, placé au-devant de la scène depuis février et présenté comme pivot du changement réclamé par des millions d’Algériens dans la rue et de la feuille de route présentée par le pouvoir en place, interpelle et sur la teneur des procès et sur l’interprétation du texte juridique.
Et alors même que les collectifs de défense croyaient que le verdict prononcé par le tribunal de Annaba, en août dernier, et à sa suite ceux de Jijel, Béjaïa et Réghaïa entre autres, allait faire jurisprudence, les récentes sentences prononcées par ce tribunal coupent court à leurs espérances et rappelle que la justice rendue sur la base de la seule interprétation rigoureuse des textes de loi demeure encore un rêve lointain.
Aussi, la montée au créneau des magistrats, réclamant, entre autres, l’indépendance de la justice, n’aurait-elle servi, à voir ces contradictions persistantes, qu’à acter cet état de fait, admis par tous, de la dépendance de la justice vis-à-vis de rapports qui ne se trouvent dans aucun texte de loi ?
Ainsi, le tribunal de Sidi-M’hamed s’illustre, à une exception près, par ses verdicts peu cléments prononcés à l’encontre des détenus du Hirak qui rendent l’équation plus complexe et nourrissent davantage le sentiment de méfiance envers une justice qui n’a pas trop bonne image auprès du citoyen.
Aux côtés des prévenus anonymes, condamnés après de longues heures de procès et d’attente, ce même tribunal s’est même singularisé par le « rattrapage» de Karim Tabbou qu’il a condamné pour «atteinte au moral de l’Armée » après avoir été acquitté par le tribunal de Tipasa pour le même chef d’inculpation.
Ce spectacle à deux facettes, offert par la justice en ce moment précis, où elle est sous les feux de la rampe, et qui s’apprête à encadrer dans moins d’un mois une élection présidentielle devant sortir le pays de sa situation de crise, est-il bon pour l’image de ce secteur et utile pour le pays ?