Reporters : Le juge du tribunal de Bab El Oued (Alger) a prononcé, hier, l’acquittement pour cinq détenus arrêtés pour port de l’emblème amazigh. Quelle appréciation faites-vous de cette sentence ?
Arezki Challal : On ne peut qu’être content de cette décision courageuse du juge de Baïnem. Un juge qui s’est soumis à la force de la loi et aux seules lois de la République, indépendamment de toute considération politique, car le port de l’emblème berbère ne représente en aucun cas une atteinte à l’intégrité et à l’unité nationales. On rend hommage à ce juge pour son courage, on félicite les détenus et leurs familles. On partage avec nos compatriotes leurs joie, leur bonheur et satisfaction. Pourquoi ? Pour la simple raison que l’acquittement prononcé à Baïnem nous redonne l’espoir qui s’était évaporé après la condamnation d’autres détenus d’opinion la veille pour les mêmes accusations.

Justement, le tribunal de Sidi M’hamed a condamné mardi dernier une vingtaine de détenus poursuivis pour atteinte contre l’unité nationale. Quelle sont vos impressions par rapport à ce verdict ?
Ces condamnations interviennent près de cinq mois après la détention arbitraire à titre préventif. Elles sont aussi iniques qu’incompréhensibles. Elles sont juridiquement scandaleuses et politiquement dangereuses. Scandaleuses, d’abord, parce que les arrestations, l’incarcération, les chefs d’inculpation et les peines prononcées à la surprise générale reposent sur aucun fondement juridique, comme l’ont brillamment démontré les avocats de la défense lors de leurs plaidoiries. Leur condamnation est scandaleuse dans le sens où d’autres tribunaux, dans d’autres régions du pays, ont tout simplement relaxé des accusés jugés pour des faits identiques estimant, à juste titre, que porter l’emblème amazigh ne constitue pas un délit et encore moins un crime. Le parquet de Sidi M’hamed fait l’exception en démontrant, si besoin est, que l’appareil judiciaire fonctionne à la carte et que les Algériens ne sont pas égaux devant la loi.

Vous qualifiez les condamnations des détenus d’opinion de dangereuses politiquement. Pourquoi ?
A travers ces condamnations, c’est la confrontation entre le peuple et les forces de l’ordre qu’il faut appréhender. Il me semble cependant que ce système ignore qu’il a en face un peuple mature. Cette donne évitera sans doute de tomber dans le piège de la dérive et de la violence. Ce peuple continuera sa lutte dans le cadre de la « silmiya », sans heurts ou confrontation, bien que les autorités soufflent sur la braise des questions identitaires. Pour l’avenir, personne ne peut prévoir la réaction de la population.

Comment se portent les détenus qui ont été reconduits à la prison après leurs condamnations ?
Ils ont le moral au beau fixe. Ils s’attendaient à ce que l’ordonnance de « détention préventive » soit renouvelée. Les cellules des détenus d’opinion sont pleines de drapeaux berbères.
Ils ont même gardé le sourire à l’annonce du verdict. Mais, contrairement à nos enfants, les familles ont le droit d’exprimer leur colère et de demander justice à notre pays. Je dis aux Algériens dans leur ensemble que nul n’est à l’abri de l’arbitraire. Il faut rester unis et solidaires pour une justice indépendante.