L’appareil judiciaire ne cesse, manifestement, d’être sous les feux de la rampe, particulièrement avec cette question des détenus qui tend à devenir source de tension supplémentaire à la crise politique et institutionnelle que vit le pays depuis bientôt neuf mois, alors qu’une échéance électorale est en préparation.
Plus les audiences se tiennent avec leurs lots de condamnations, plus la pression s’accentue sur une institution qui se cherche encore. La preuve a été ainsi donnée, la semaine écoulée, par le débrayage des magistrats qui a mis au grand jour les contradictions et les limites structurelles du secteur de la justice.
Sur fond de méfiance à l’égard du pouvoir judiciaire, les décisions prononcées dans le cas des détenus ne font, le moins que l’on puisse constater, que rendre plus complexe l’équation. A cet effet, les verdicts annoncés par le parquet de Sidi M’hamed sur les détenus n’ont pas suscité que de l’indignation. Les sentences ont aussi irrité les proches des condamnés et les militants des droits de l’Homme et autres acteurs politiques en ce qu’elles constituent étrangement une incompréhensible exception. L’incompréhension est telle que des manifestants, arrêtés dans des villes de l’intérieur du pays, ont été acquittés par des juges d’instruction, alors qu’à Alger, le traitement est autre alors que le motif de l’arrestation reste le même. « Il y a visiblement quelque chose d’énigmatique qui fait que les mêmes griefs ne donnent pas lieu à un même verdict », s’étonne un proche d’un condamné devant le tribunal de Sidi M’hamed, une juridiction en passe de devenir visiblement une véritable hantise pour les détenus et leur défense.
Pour les avocats, il n’y a plus l’ombre d’un doute, qu’il y a une « exception » pour les juridictions algéroises, convoquant dans ce sens les péripéties de la double arrestation de Karim Tabbou qui, après avoir été relâché par la Cour de Tipasa, s’est vu emprisonné par le parquet de Sidi M’hamed.
En définitive, en plus de l’impératif de soustraire ces jeunes manifestants de «l’arbitraire», qu’ils subissent depuis plusieurs mois, il y a, sans doute, une nécessité pour l’appareil judiciaire de procéder à un traitement des cas en suspens loin de toute autre considération que celle dictée par la loi. Œuvrer autrement ne fera qu’exacerber les tensions.