Le documentaire «Sur les traces de Mamani Abdoulaye», de la réalisatrice Amina Mamani Abdoulaye, a été projeté, lundi dernier à la salle Ibn Zeydoun, dans le cadre de la compétition documentaire de l’édition 2019. Dans ce documentaire, la réalisatrice Amina Abdoulaye Mamani repart sur les traces d’Abdoulaye Mamani, son père, militant, syndicaliste, journaliste et écrivain nigérien, vingt-trois ans après sa mort. Cette mort est survenue tragiquement, dans un accident de voiture, en 1993, sur la route de Zinder à Niamey, alors que l’écrivain nigérien allait chercher un prix littéraire, le prix Boubou-Hama. «Il m’avait promis une poupée à son retour. Il n’est jamais revenu», témoigne, sa fille. Elle ajoute : «J’ai longtemps attendu son retour et la poupée promise. C’est plus tard que notre mère nous a informés de son accident de la route. Plus je grandissais, plus je sentais l’absence de ce père que je découvre peu à peu à travers les gens que je rencontre. Cela m’a vraiment donné l’idée d’aller à la recherche de ses traces et de son histoire.» A travers, l’histoire d’un parcours individuel, les cinéphiles sont également conviés à découvrir, durant plus d’une heure, la grande histoire du Niger avant et après l’indépendance du pays. La réalisatrice a confié à ce propos qu’«en repartant sur ses traces, vingt-trois ans après sa mort, je redécouvre peu à peu, en même temps que son histoire, celle de mon pays ». Durant dix années, elle va, ainsi, s’atteler à cette quête qui va la mener de 2008 à 2018 au Niger, dans les villes de Magaria, Zinder, Niamey, mais aussi à Paris, à Lausanne, à Genève, Dakar et en Algérie où son père a été exilé de 1961 à 1974. «L’Algérie était son pays d’accueil. Il était formateur dans une école de journalisme et exerçait, en même temps, à Révolution africaine, à la rubrique culturelle africaine et habitait au niveau de la Grande-Poste», explique Amina Abdoulaye Mamani. A travers « Sur les traces de Mamani Abdoulaye », ceux qui ont assisté à la projection découvrent aussi des archives écrites, sonores, vidéos et les témoignages de chercheurs, d’amis, de parents et de connaissances de Mamani Abdoulaye. On découvre, ainsi, les témoignages de l’éditeur suisse Nils Anderson et revient sur le retour à la littérature avec la publication à sa sortie de prison, en 1980, de « Sarraounia», son roman qui reprend l’histoire d’une cheffe tribale qui s’était opposée à l’avancée de la mission Voulet-Chanoine, et dont il fait une héroïne de la lutte contre la colonisation. Dans son exil algérois, Abdoulaye Mamani avait notamment écrit, sur commande de la Radio Télévision algérienne, « le Balai », une pièce satirique jouée à Alger et qui a eu un grand succès.

Emouvant appel
aux témoins algériens
Au lendemain de la projection de son documentaire au 10e Fica, Amina Abdoulaye Mamani, invitée sur les ondes de la Radio algérienne, a lancé un émouvant appel pour retrouver les archives sonores des émissions radiophoniques de son père et rencontrer les personnes qui l’ont côtoyé durant son exil algérien. Elle déclare sur les ondes de la Chaîne III que « durant dix ans, j’ai contacté et écris à maintes reprises la Radio algérienne où mon père avait travaillé, et aussi à l’école de journalisme d’Alger où il a été formateur, je n’ai reçu aucune réponse». «On me disait toujours que les gens qui l’ont connu sont soit morts, ou bien qu’ils sont absents, ou encore qu’ils n’avaient pas leurs contacts. Cette partie algérienne de la vie de mon père est très importante dans mon documentaire. Je suis présente à Alger durant tout le festival, soit jusqu’au 16 novembre prochain. J’espère que mon appel à témoins aura une réponse positive cette fois. »