Le long métrage de fiction « La Bolduc », portrait émouvant consacré à la vie et au parcours de la chansonnière la plus connue au Québec, Mary Travers Bolduc, a été projeté, lundi dernier, à la salle Ibn Zeydoun de l’Office Ryadh El Feth (Oref), en présence de son réalisateur, François Bouvier, en compétition dans la catégorie documentaire du 10e Festival international du cinéma d’Alger (Fica). Les cinéphiles présents ont découvert avec beaucoup d’émotion l’histoire de «La Bolduc», en l’occurrence Mary Travers, épouse Bolduc, une ménagère issue d’une famille modeste devenue célèbre grâce à ses chansons qui racontent le quotidien des gens ordinaires. Basé sur la biographie de l’artiste et les témoignages des proches descendants, le film retrace la vie de cette mère de famille pour qui la musique, en plus d’être une passion, est devenue un métier nécessaire pour faire vivre la famille. Le réalisateur canadien François Bouvier explique à propos du contexte social de l’époque, qu’«on est dans les années vingt et trente au Québec, ce sont des années difficiles, des années de misère où beaucoup d’enfants mourraient. La Bolduc a perdu neuf enfants. A un moment donné, elle s’est juré à elle-même que « plus jamais un de mes enfants ne mourra et je vais sauver ma famille». Ainsi, son mari malade ne pouvant plus assurer le pain quotidien, elle décide de gagner sa croûte en chantant au détriment de toutes les conventions sociales de l’époque.
La première scène du film nous montre un curé en train de faire la morale à Mary parce qu’elle donne un spectacle dans le sous-sol de son église, plutôt que d’être à la maison à s’occuper de ses enfants. Bien entendu, il accepte néanmoins de très bon cœur la part des recettes qu’elle lui remet.

«Turluter» pour gagner sa croûte
Le réalisateur québécois ajoute, que « cela a créé un véritable conflit social à l’époque parce que les règles veulent que ce soit l’homme qui rapporte l’argent à la maison. Les hommes se sont sentis diminués du fait qu’une femme devienne la principale source de revenus de la maison. Ainsi, durant 103 minutes, le film relate le parcours de Mary Travers, épouse Bolduc, partagée entre ses obligations domestiques comme couturière et ses engagements professionnels avec les producteurs et autres acteurs de l’art. Elle est devenue, malgré elle, cette chanteuse méga-star car elle avait choisi de chanter dans la langue populaire, mettant à l’honneur le répertoire de la « la turlute», chanson populaire québécoise basée sur les onomatopées. Par ailleurs, la chanteuse a également franchi d’autres barrières conventionnelles liées à la langue. En effet, à l’époque, « la plupart des artistes de théâtre et de la chanson s’exprimaient dans un français très pointu et du fait qu’elle chantait dans une langue populaire, on l’a traitée de vulgaire et on l’a beaucoup snobée », souligne également François Bouvier. Le film évoque aussi le combat des femmes pour le droit au vote au Québec, province majoritairement francophone, présentée dans le contexte de la crise du début du XXe siècle. Lors des débats à l’issue de la projection, le réalisateur a indiqué qu’il s’était appuyé sur la biographie de l’artiste ainsi que les témoignages recueillis auprès de son entourage familial. Pour le tournage, François Bouvier dit être « contraint » d’écourter la durée à 25 jours (au lieu de 40), en raison de « difficultés financières ». A la question de savoir si Debbie Lynch-White, actrice québécoise qui incarne Mary Travers, interprétait en live les chansons, le réalisateur a précisé que toutes les chansons dans « La Bolduc » ont été préenregistrées, excepté une chansonnette exécutée par « synchronisation labiale ». Il a ajouté que l’actrice a réussi à offrir «une prestation titanesque». A sa sortie en 2018, le film a été classé parmi les meilleurs, détrônant aux passages des films américains. Francois Bouvier confie à ce propos que «quand on fait un film chez soi, et qu’on bat un film, on est évidement fier. Fier que les gens soient intéressés et curieux de notre propre cinématographie ».