Les fabricants de téléphonie mobile réagissent à la décision des pouvoirs publics de geler leur activité à travers son exclusion du dispositif préférentiel d’importation de kits SKD/CKD et sa soumission au droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) fixé à 60%, à partir de 2020, en plus de la révision à la hausse des droits de douanes (30%).

Cette mesure est fondée sur « des données totalement erronées », a estimé le Collectif des fabricants des produits électroniques, électroménagers, IT & Mobiles dans une correspondance adressée hier à la ministre de l’Industrie et des Mines Djamila Tamazirt. Cette dernière a, pour rappel, déclaré que le montage de Smartphones en Algérie « n’encourage pas l’intégration nationale, alors que la facture d’importation de ses composants est très importante ». La décision des autorité concernées «de placer le montage de la téléphonie mobile dans le droit commun et l’exclure du dispositif SKD/CKD est le fruit de deux années d’observation de l’activité en question et le constat qu’il s’agit dans la majorité des cas d’importation de produits finis déguisés», a-t-elle insisté. Reconnaissant que le montage de téléphonie mobile ne bénéficie actuellement que d’un taux d’intégration « infime », le collectif considère toutefois que les « perspectives de son amélioration sont importantes », avant de souligner que « ce sont les producteurs eux-mêmes qui ont longtemps appelé, depuis 2015, à la mise en place du dispositif CKD relatif à la filière téléphonie mobile».Cette décision aura « des répercussions néfastes aussi bien sur les producteurs que sur l’économie nationale », préviennent les représentants d’entreprises publiques et privées regroupées autour du collectif et qui comptent « quelque 6 000 emplois directs et plus de 20 000 indirects » aujourd’hui sous la menace de la fermeture de leurs unités de montage. «Nous attirons votre attention que cette mesure, qui prévoit de mettre au même pied d’égalité les producteurs et les importateurs, n’est pas sans induire des conséquences négatives et dramatiques sur la filière du montage de téléphonie mobile », prévient encore le collectif. Le Collectif ne manque pas non plus d’attirer l’attention de la tutelle que cette décision risque d’encourager « la prolifération du marché parallèle de téléphones et de la devise » ou encore la perte du « développement technologique, acquis et potentiel ».
Pour préserver les emplois et maintenir en activité le montage de téléphonie mobile en Algérie, le collectif propose de « surseoir à la décision de suppression du régime SKD de téléphonie mobile », « la révision à la hausse des droits de douanes du régime SKD » tout en en maintenant le Droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) pour l’importation des produits finis. Il est également proposé la mise en place « d’un comité regroupant des représentants du ministère de l’Industrie et du Collectif des fabricants, pour travailler sur un plan de conversion du régime SKD vers le régime CKD »adapté à la filière. Selon la même source, le coût d’importation des composants utilisés dans le montage de la téléphonie mobile a connu une « ascension fulgurante », notamment suite à l’avènement de la 3G et la 4G en Algérie, en passant de plus de 400 millions dollars en 2014 à plus de 650 millions dollars en 2016. Durant toutes les années précitées, « l’importation des téléphones mobiles était majoritairement en produits finis et soumise à un droit de douanes réduit à 5%», est-il écrit dans la même lettre.
Le collectif a relevé, toutefois, une «baisse de la facture à moins de 230 millions subséquemment à l’interdiction de l’importation de produits finis, engagée en 2017 ».
Cette même facture a atteint 511 millions en 2018, suite à la conversion des importations produits finis vers l’industrie de montage local (SKD), ajoute-t-il.