Le collectif des fabricants de l’électronique, de l’électroménager et des mobiles, IT & Mobiles, s’est élevé, hier, contre la décision du gouvernement d’exclure le montage des téléphones portables du dispositif préférentiel d’importation des kits SKD/CKD dans le projet de loi de finances pour 2020. Ce groupe de professionnels, qui regroupe une quarantaine d’entreprises publiques et privées, dénonce une mesure prise par le ministère de l’Industrie sur des «données totalement erronées ». Il avertit la ministre du secteur Djamila Tamazirt contre les
« répercussions néfastes » sur les « producteurs » et sur «l’économie nationale». Dans son argumentaire, ce collectif parle entre autres d’une filière ascendante en termes de croissance et de développement et qui fait déjà travailler quelques 26 000 personnes dont 6 000 en emplois directs. En avançant d’autres paramètres qui plaident, selon ses membres, pour une nécessité d’un tour de table qui éviterait l’arrêt de l’activité de montage des téléphones mobiles – car c’est de cela qu’il s’agit en vérité-, sa principale revendication est d’obtenir un plan de conversion du régime SKD vers le régime CKD. En attendant la réponse de Mme Djamila Tamazirt, dont l’action est actuellement mue par le grand impératif d’économiser au mieux la ressource en devises, c’est-à-dire là où les chiffres de l’importation font mal, ce dossier des téléphonistes algériens, qui se disent aujourd’hui en péril, vient une nouvelle fois montrer que l’activité de l’assemblage a été encouragée et promue sans examen sérieux des marchés pour lesquels elle est destinée, ni analyse de son évolution en fonction du rythme et des pulsations générales de l’appareil économique algérien en général. Le constat est établi depuis des mois déjà pour le montage de véhicules, dont l’avenir n’est pas garanti en dépit des déclarations officielles, selon lesquelles le gouvernement n’abandonnera pas la filière en raison de son importance pour l’industrie nationale et de son caractère attractif pour l’investissement. Il se met en place et de manière inquiétante en ce qui concerne la téléphonie, dont on savait pourtant depuis longtemps quelles étaient les faiblesses. A commencer par le taux d’intégration lilliputien que ses opérateurs affichent et qui n’invite pas à rêver d’une activité industrielle rapidement libérée de la dépendance technologique de l’étranger.
Que faire alors ? D’abord se poser la question : qu’est-ce que le consommateur algérien achète ? Le téléphone portable totalement importé ou celui assemblé localement ? L’interrogation paraît naïve, elle rappelle, cependant, qu’aucune étude du comportement du consommateur au moins n’a été faite, ce qui aurait certainement aidé à mieux orienter la filière et l’inscrire réellement dans une stratégie à long terme. Elle renvoie à cette plaie nationale qui consiste, depuis des décennies, à dédaigner tout effort d’évaluation alors que les erreurs et les accidents industriels ne manquent malheureusement pas dans le pays et nous ont menés dans certains cas à des dépôts de bilan. Hier, c’était le « syndrome des minotiers », aujourd’hui, c’est le montage de véhicules en panne, pour faire dans le mauvais jeu de mots,
et demain la téléphonie immobile.