Plus qu’un mois, jour pour jour, nous sépare du scrutin présidentiel prévu le 12 décembre prochain et qui intervient dans un contexte politique inédit.

C’est le compte à rebours d’une élection à plusieurs incertitudes et qui suscite débat, et interrogations alors que le coup de starter de la campagne électorale sera donné dimanche prochain.
Un coup d’envoi d’une campagne qui verra
les cinq candidats en lice, Azzedine Mihoubi, Ali Benflis, Abdelmadjid Tebboune, Abdelaziz Belaïd et Abdelkader Bengrina à l’épreuve du terrain.
En attendant de jauger la capacité de ce quintet de susciter un engouement populaire qu’exige tout scrutin présidentiel, certains parmi les prétendants donnent l’impression d’être déjà dans le bain de la campagne. Du moins sur le plan médiatique. En effet, les deux anciens Premiers ministres, Tebboune et Benflis, n’ont pas attendu le lancement de la campagne électorale pour promouvoir leurs offres politiques qu’ils ont, d’abord, défendu à la présentation de leurs programmes respectifs devant les médias, mais, ensuite en s’accordant une présence quasi-permanente sur les chaînes de télévision privées. Sans juger ou préjuger de l’efficacité d’un tel marketing, les deux candidats semblent vouloir s’installer comme les favoris potentiels de la compétition.
Voulant se débarrasser du poids du bouteflikisme qui leur colle à la peau, pour avoir accompagné le président déchu, les deux postulants au palais d’El Mouradia présentent plus des engagements articulés sur leurs expériences à la tête de l’Exécutif. M. Benflis qualifie ce qu’il propose aux Algériens de «programme d’urgence nationale» alors que M. Tebboune dit présenter 54 engagements pour amorcer «le changement».
Les trois autres candidats semblent privilégier la discrétion, du moins jusqu’à présent, bien qu’Abdelkader Bengrina, candidat islamiste du mouvement El Bina, ne se prive pas de tribunes publiques pour faire la promotion de ses priorités. Le transfuge du MSP a même peiné à s’attirer les regards de l’opinion même quand il accuse un des quatre autres postulants d’avoir plagié son programme électoral.

Face aux partisans du rejet
En tout état de cause et au-delà des similitudes et des dissemblances que peuvent présenter les candidats à la magistrature suprême, c’est davantage la capacité des concernés à gérer la très probable hostilité qu’ils rencontreront sur le terrain qui suscitera la curiosité.
Et si les cinq prétendants affichent leur adhésion – sincère ou calculée- à l’esprit du mouvement populaire pour le changement, à chaque fois que la question leur est posée, la partie est loin d’être gagnée d’avance surtout avec l’insistance de pans importants de la société à rejeter le scrutin.
Les questions nées dans le sillage du mouvement populaire, notamment celles des libertés publiques et de l’indépendance de la justice, continuent à mettre dans l’embarras les candidats. C’est dire combien la partie s’annonce plus que difficile pour ceux qui vont se lancer dans la bataille électorale à partir de dimanche prochain.
Le traitement réservé avant-hier à un convoi ministériel, dans la wilaya de Tizi Ouzou, peut être annonciateur d’une campagne agitée. Idem pour les représentants du Rassemblement national démocratique (RND), qui avaient du mal à ouvrir leur permanence politique dans la ville de Béjaïa, où ils ont fait face à une hostilité des citoyens contre les partis de l’ancienne Alliance présidentielle. Et quand on sait que l’ensemble des prétendants à la magistrature suprême est issu des formations politiques de l’allégeance, cela ne fera qu’attiser la colère des opposants à la tenue de l’élection présidentielle.

Une charte d’éthique des pratiques électorales
C’est à quelques jours du coup d’envoi de la campagne que l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a convié les candidats et les responsables des médias à signer la charte d’éthique des pratiques électorales. La signature de ce document va intervenir la veille du lancement officiel de la campagne électorale.
Cette charte est fondée sur « le respect profond et durable du processus démocratique et sur l’observation des lois et textes subséquents qui codifient les règles des élections et des campagnes électorales », peut-on lire dans la charte élaborée par l’ANIE dont la tâche ne s’annonce pas moins difficile pour une expérience. « Tous les acteurs participant au processus électoral doivent accepter la responsabilité d’agir de façon à maintenir et à renforcer la confiance du citoyen par rapport à l’intégrité et la transparence du processus électoral», ajoute la même source.
Il a été également rappelé dans le préambule de la charte, qu’en vertu de la loi, « toutes les prérogatives en matière électorale que l’administration détenait ont été transférées à l’ANIE, qui est désormais le dépositaire exclusif, notamment la supervision, le contrôle, l’organisation et la conduite des opérations électorales».
Dans le chapitre dédié à « l’engagement des médias nationaux », il a été indiqué que ces derniers sont tenus « d’assurer une couverture globale, équilibrée et objective durant toutes les phases de l’opération électorale, de manière impartiale et sans aucune discrimination entre les candidats et en leur faciliter l’accès ». Il est également fait état de l’interdiction pour les médias de « diffuser tout sondage portant sur les intentions de vote des électeurs et les cotes de popularité des candidats, à moins de 72 heures à l’échelle nationale et 5 jours pour la communauté nationale établie à l’étranger, avant la date du scrutin ».
Pour leur part, les membres de l’Autorité indépendante s’engagent à « s’astreindre au respect du principe de neutralité, d’impartialité et de traitement équitable des candidats et s’interdire tout comportement ou action susceptible d’altérer ces principes ».