A l’affiche de la 10e édition du Festival international du cinéma d’Alger (Fica), «Lettre à Inger», documentaire de la réalisatrice Maria Lucia Castrillon, a été présenté samedi à la salle Ibn Zeydoun. La projection en présence de la réalisatrice aura également été marquée par la venue de Mme Inger Servolin, l’une des premières – si ce n’est la première – productrice de film documentaire à caractère «politique». Des œuvres clairement et fièrement engagées à gauche, mettant tour à tour en avant la guerre du Vietnam, la décolonisation durant les années 1960 et 70, puis les déséquilibres économiques mais, surtout et toujours, la cause ouvrière en donnant la parole aux ouvriers et employés d’usine. Des films, notamment signés d’un grand nom du documentaire et du film engagé, Chris Marker, et qu’Inger Servolin a produit depuis 1968 dans la cadre de la coopérative née sous l’acronyme «Slon», Société pour le lancement des œuvres nouvelles. Productrice «volontairement discrète», nous dira-t-elle, mais néanmoins présentée par le directeur artistique du festival, Ahmed Bejaoui, en soulignant qu’elle avait «instauré l’engagement dans le film documentaire (…) elle est une école, elle a contribué à ce que nous sommes aujourd’hui». Le film de Maria Lucia Castrillon retrace ainsi le parcours d’une «femme qui a réussi à accorder son travail avec ses convictions». La réalisatrice nous expliquera que leur première rencontre avait eu lieu en Algérie, en 1991, dans la cadre de la réalisation d’un documentaire sur les femmes sahraouies dans les camps de réfugiés de Tindouf, elle débute ainsi son film par la jeunesse d’Inger Servolin avant d’aborder les raisons qui renseignent sur son engagement politique. Détaillant ainsi dans le documentaire son parcours de vie à travers l’éducation qu’elle a reçue durant son enfance et la perte de son père, ce qui l’a amené «à avoir des responsabilités très jeune», ou encore un emploi dans une entreprise d’import-export de produits agricoles où elle comprendra l’injustice des «logiques économiques». Inger Servolin nous résumera plus simplement son engagement politique en précisant : «Je crois que je portais cet engagement, cette réaction spontanée face à toute injustice dès mon enfance (…) et il y a beaucoup de causes à défendre dans le monde, peut-être plus aujourd’hui qu’hier». Le documentaire de Lucia Maria Lucia Castrillon aborde également la carrière de productrice d’Inger Servolin, notamment d’une rencontre avec le réalisateur Chris Marker, pour qui elle travaillera «dans l’ombre» soit à la production, à la coordination des équipes mais surtout à la distribution et la vente des œuvres aux chaînes de télévision qui en «voulaient bien», explique le documentaire. Film, par ailleurs, très applaudi samedi dernier, lors de sa première diffusion en Algérie, tant pour le sujet que pour son «scénario», volontairement axé sur le détail, le côté émotionnel. La réalisatrice précisera, en marge de la projection, qu’elle a voulu mettre en avant la qualité artistique du travail d’Inger Servolin. «Les œuvres qu’elle a produites ont été des films politiques mais avec une ambition esthétique. Elle a toujours mis l’accent sur le savoir-faire cinématographique». Dixième édition du Fica, qui se poursuit jusqu’au 16 novembre prochain, mettant à l’affiche un total de 31 films de fiction, documentaires et courts métrages, dont 24 dans les trois catégories de compétition. Le programme de ce lundi 11 novembre proposera 4 courts métrages dès 14 heures, «Burkinabè Bounty» de Lara Lee qui aborde la «lutte pour la souveraineté alimentaire au Burkina Faso», le documentaire «Sur les traces de Mamani Abdoulaye» de la réalisatrice Amina Abdoulaye Mamani, fille de l’écrivain et homme politique nigérien longtemps exilé en Algérie. Puis, encore à 19 heures, le film de fiction du réalisateur canadien François Bouvier intitulé «La Bolduc», qui revient sur la vie de Mary Travers Bolduc «icône musicale qui a marqué l’histoire collective québécoise».n