Les marches de soutien à la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre prochain se multiplient à travers le territoire national. Ce qui n’est pas sans susciter des interrogations dans le sens où ces manifestations interviennent dans un contexte politique très particulier, marqué par des avis largement opposés à l’organisation de ce scrutin. Elles sont, en effet, une dizaine de wilayas, dont Sidi Bel Abbès, Ouargla, Saïda, Aïn Defla, Tamanrasset, Laghouat, Tlemcen, Sétif, Mostaganem, Annaba à avoir abrité ce genre de manifestations qui n’ont pas été du goût des partisans du rejet de cette consultation électorale.
Initiées à l’approche du coup d’envoi de la campagne électorale, dont le coup de starter officiel sera donné dimanche prochain, ces marches visent à confier au scrutin du 12 décembre prochain une adhésion populaire qui peine à prendre forme, même après la validation par l’ANIE, en date du 2 novembre, de 5 dossiers de candidatures à la magistrature suprême.
En attendant de vérifier sur le terrain la capacité des 5 candidatures, retenues depuis 48 heures par le Conseil constitutionnel, à impulser une dynamique populaire à ce rendez-vous, des questions sur l’impact de ce genre d’actions font déjà débat au sein des états-majors de la classe politique.
Ces manifestations sont-elles de nature à constituer un appui solide à la tenue de l’élection présidentielle sur laquelle plane un fort risque d’abstention ? Le profil, les parcours et les appartenances partisanes des promoteurs de ces actions ne prêteraient-ils pas plutôt à un surcroît de désaffection populaire ? Ces actions ne seraient-elles pas porteuses de risques d’affrontements entre les partisans de l’élection et ceux qui s’y opposent ?
Autant de questions que d’aucuns se poseraient au nom de la vigilance et qui peuvent se poser encore avec acuité, dans les prochains jours, si ce genre de marches venait à s’organiser plus régulièrement. Visiblement opposé à ces manifestations, le leader islamiste du Front pour la justice et le développement (FJD), Abdallah Djaballah, n’a pas manqué dans sa dernière tribune organique pour sortir l’avertissement. « Ces agissements ne sont pas nouveaux, mais ils peuvent être un facteur de division et d’affrontements entre citoyens », a avisé le chef islamiste qui n’est pas engagé dans la compétition électorale bien qu’il n’écarte pas l’éventualité que son parti politique apporte son soutien à l’une des candidatures en lice.
Des faits peuvent manifestement légitimer la crainte exprimée, pas nécessairement sur l’espace public, par d’autres acteurs appréhendant de nouvelles sources de tension autour de l’échéance électorale. Dans la capitale des Hammadites, une bagarre a été évitée de justesse, il y a quelques jours, quand des militants du Rassemblement national démocratique (RND) ont procédé à la réouverture d’un local de leur parti fermé depuis l’irruption du mouvement populaire pour le changement. Cette réouverture a été cependant contestée par d’autres citoyens opposés à la fois à la joute électorale et la réapparition du RND dans l’espace public à la faveur de la candidature de son secrétaire général, Azeddine Mihoubi, à l’élection présidentielle. L’irréparable a failli se produire, selon des témoignages appuyés par des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. C’est dire, en définitive, combien l’action politique publique va constituer matière à observation dans les jours à venir quel que soit le message porté. Davantage vraisemblablement pour celle qui défendrait la tenue de la présidentielle…