La wilaya déléguée Beni Abbès (250 km au sud de Béchar), à l’instar des autres régions du pays, a célébré ce vendredi la fête du Mawlid Ennabaoui (naissance du Prophète Mohammed) dans une ambiance particulière, en présence du ministre du Tourisme et des autorités locales. Cette fête a rassemblé des milliers de fidèles et de touristes, venus des quatre coins du pays, pour assister aux cérémonies religieuses et autres activités culturelles organisées chaque année dans cette région touristique du sud du pays. Cette manifestation religieuse, qui reflète les traditions et coutumes religieuses et exprime l’attachement au Prophète Mohamed, est synonyme de retrouvailles entre familles. Le Mawlid Ennabaoui fut célébré d’abord en Egypte, en 972, à l’époque des Ayyoubiine, elle parvient ensuite au Maghreb, puis à Tlemcen au début du XVe siècle pour finalement, atterrir dans le Sud, plus particulièrement à Beni Abbes (wilaya de Béchar). Dans le passé lointain de Beni Abbès, la population du vieux ksar célébrait la fête du Mawlid chaque année par des chants élogieux en l’honneur du Prophète Mohammed. Les mausolées et autres lieux de culte étaient badigeonnés à la chaux en hommage aux saints patrons de cette région du sud-ouest du pays, à l’instar du fondateur de la ville Sidi Othmane Gherib.
A la veille de cette fête (lafdila), 11e jour de Rabei El Aouel, les femmes nettoient leurs maisons et font une grande lessive. On obéit également aux lois rituelles, tel le sacrifice d’un dromadaire près d’Elmasjid El Atik par les Ouled Melaikhaf, descendants du saint Sidi Mohamed Ben Abdeslam. Le même jour, des mets de circonstance sont préparés. Les femmes dans une ambiance fraternelle préparent «Chemma», genre de sfouf spéciale du Mawlid, elle est riche et donne de la force, la recette est connue dans la région. Elle est servie par les Ouled Melaikhaf à tous les présents après la prière du Maghreb, le jour d’El Fezaa. Les femmes, en tenues traditionnelles (izar), parfument leur domicile de bkhour. Elles se font belles en appliquant un maquillage traditionnel, du khôl sur les yeux, du meswek sur les lèvres et le henné aux pieds. Les hommes, dont la tête est recouverte d’un long turban blanc (chèche), préparent la poudre des fusils et les tenues vestimentaires qu’ils porteront à cet effet.
Selon plusieurs responsables locaux, les habitants de Béni Abbes ont décidé de célébrer la fête du Mawlid armés pour exprimer leur lutte et leur défense car, selon eux, les nomades avaient attaqué les fidèles à l’occasion d’un Mawlid, à côté du mausolée de Sidi Mhamed Ben Ahmed, qui a causé la mort d’une personne et la fuite des autres. Parmi eux se trouvait un certain Mouloud, qui avait le tambour et Achour portait le drapeau de la ville. Après la prière du Dohr les gens du baroud (shab El baroud) avec «Nouba» et «Tarrada», tambour et un drapeau vert, entonnent «Pas d’autre Dieu qu’Allah, Mahomet est le messager d’Allah», en arabe. Ce groupe passe de «Tlayat» par «Safat» auquel s’ajoutent d’autres gens du baroud, puis vers le «vieux Ksar» en traversant la palmeraie. Dans la mosquée du ksar s’organise la prière d’El Aasr après laquelle les gens du baroud s’orientent vers «El Masrya» où ils se réunissent avec tous les groupes qui viennent des quartiers modernes de la ville. Une véritable relation est établie au niveau cérémonial entre le baroud (danse du baroud) et la hadra (groupe avec bendir). Le baroud constitue l’attraction principale de cette journée. Dans des gestes immarcescibles, des hommes dansent, armés de fusils. Leur danse vous fait valser et le rythme vous empêche de rester sur place sans effectuer le moindre mouvement. Dans ce lieu les gens du baroud répètent «Ya Lehbib Ya Mohammed * Salla Laho Alaih Wa Salem* A Lbachir Annadir Assiradj Almounir * Seidna Mohammed Sala Lahou Alaih». La nuit s’organise la «hadra» dans la maison des Ouled Ben Abdelatif (une fraction d’Ouled Mehdi) et où les femmes sont présentes. R. R.