La question de la récupération des capitaux placés à l’étranger au préjudice de la loi et de l’économie algériennes – un sujet récurrent depuis le début du mouvement populaire pour le changement Hirak- semble tourner à l’argument de campagne pour les candidats au scrutin du 12 décembre prochain. Ainsi, après Abdelmadjid Tebboune, qui s’est exprimé sur le dossier, samedi dernier, lors de la présentation de ses « 54 engagements », Abdelkader Bengrina a affirmé, hier, que parmi ses priorités de prétendant à la magistrature suprême figure le rapatriement de l’argent placé de manière frauduleuse dans des banques à l’étranger.
S’exprimant au forum du journal arabophone El Wassat, le leader du mouvement El Bina a, en effet, affirmé, sans donner de détails, que sa priorité, s’il est élu, est d’œuvrer à « la récupération de l’argent volé et placé à l’étranger par des hauts responsables, des ministres et des hommes d’affaires ». « Si le peuple algérien m’élit président de la République, je promets de récupérer son argent et d’étatiser les biens de tout responsable qui a touché à l’argent public » en violation des lois et règlements en vigueur, a déclaré M. Bengrina.
Dans son intervention aux allures de campagne avant l’heure, le leader d’El Bina a déclaré que, sous son mandat, s’il parvient à la magistrature suprême, « c’est le peuple qui doit gouverner et non pas l’oligarchie » contre laquelle il a promis une « fermeté à toute épreuves » et une lutte anticorruption « sans merci ». « Mon programme porte sur la lutte contre la corruption à tous les niveaux », a-t-il soutenu, avant de se lancer dans une phrase sibylline : « C’est aux Algériens de décider de l’avenir de ces personnalités accusées » pour dilapidation de biens publics. Puis, de donner dans la boutade : « Je ne connais pas le lieu où l’argent volé est caché», a-t-il lancé, faisant rire les nombreux journalistes présents.
Sur un sujet où il a été moins risible, car il n’a pas semblé faire montre d’une connaissance sérieuse du monde des banques et des affaires dans le monde, Abdelkader Bengrina a abordé la question de la présidentielle rejetée par une partie importante de l’opinion nationale et des motivations qui l’ont amené à se présenter candidat. A ce propos, il a précisé que ce choix est collectif et engage la formation politique qu’il dirige. « Après avoir étudié la situation sur tous les côtés, nous avons constaté qu’aller à l’élection présidentielle est la seule issue que nous avons pour faire sortir le pays de la crise qui a touché aujourd’hui quasiment tous les secteurs», a-t-il dit.

« Contre les pressions sur les médias »
Selon cet homme politique d’orientation islamiste (c’est un transfuge du MSP avant de s’engager dans la création de son propre parti), un processus transitionnel « n’est pas la solution dont a besoin l’Algérie » du fait qu’elle comporte « plusieurs inconnues et des incertitudes », dont la conséquence est de « rendre plus grave la crise actuelle ». Se disant « candidat du Hirak » (sic), il a affirmé que lui et ses partisans « sont là pour concrétiser les revendications du peuple ». A propos de son programme, il le dévoilera « en temps opportun », notamment dans son volet économique.
Sur sa revendication d’être le représentant du mouvement populaire pour le changement, il aura tout de même une autre déclaration, à la suite d’une question de journaliste qui l’a visiblement gêné ou lui a permis de se rendre compte de ses propos. « Je suis le candidat des gens qui m’ont signé plus de 96 000 signatures», a-t-il donc rectifié, non sans abandonner l’affirmation qu’il fait « consensus dans toutes les couches algériennes ».
En ce qui concerne la liberté de la presse, Abdelkader Bengrina s’est montré plus convaincant, en se déclarant « contre la censure et les pressions » que subissent aujourd’hui, les médias. « Je n’accepte pas qu’on empêche les médias de couvrir le Hirak. Le peuple algérien a le droit à l’information, a le droit qu’on fasse entendre sa voix… Je suis contre le chantage qui se fait actuellement aux médias par le biais de la publicité ». « Demain, si je suis président, j’accepte la critique, toute sorte de critique », a-t-il poursuivi à ce sujet, avant d’indiquer qu’en cas de victoire au lendemain du 12 décembre, il opterait pour un régime « limitant les prérogatives du président de la République», là aussi sans fournir de détails.
Le président du parti El Bina a, enfin, indiqué que plusieurs formations soutiennent sa candidature et que ces dernières ne tarderaient pas à manifester leur soutien. En ce qui concerne l’incertitude qui continue de planer sur le scrutin du 12 décembre, il dira : « Nous sommes là pour concrétiser les revendications du peuple. Nous faisons partie des millions qui marchent pacifiquement. Si le peuple fait avorter l’élection, nous l’accepterons. »