Le documentaire «143, rue du Désert», de Hassen Ferhani, a été projeté en avant-première algérienne avant-hier soir dans le cadre de la compétition officielle du 10e Festival international du film d’Alger (Fica), qui se poursuit jusqu’au 16 novembre prochain, à la Salle Ibn Zeydoun de l’Office Riadh El Feth. 

Durant 100 minutes, le public a assisté à l’histoire de Malika, une femme-courage qui fait face à une société sans aucune compassion. Le réalisateur nous rapporte ainsi en images le quotidien d’une femme vivant au milieu des «loups à deux pattes». On découvre ainsi le combat de Malika et sa résistance malgré les pertes et les privations, auxquelles elle fait face quotidiennement. Après avoir raflé de nombreux prix, pour son premier documentaire « Fi rassi rond-point», le deuxième documentaire de Hassen Ferhani a largement réussi à relever le défi d’une œuvre réussie, à la fois d’un point de vue artistique et technique, tout en restant dans son travail fidèle à l’authenticité de ses idées.

Le réalisateur nous parle dans «143, rue du Désert » de Khalti Malika qui n’a ni enfant ni famille, mais cela ne l’a pas empêché de garder espoir. Ceci en combattant l’hypocrisie sociale et les coups bas de certains malfaiteurs, qui l’accusent de proxénétisme et de tenir un commerce de prostitution et de consommation d’alcool. Mais la réalité est que cette femme de fer a fait de sa petite maison au milieu d’un désert, se situant sur un chemin perdu d’El Menia, une aire de repos et surtout de convivialité pour des routiers qui sont devenus ses amis. Un lieu où elle sert à ses clients un délicieux thé, du café ou encore des petits plats concoctés avec amour. Le réalisateur nous dresse ainsi le portrait d’une femme courage qui continue à vivre malgré les contraintes sociales auxquelles elle a été confrontée pendant des années. Il nous relate également, tout au long du film, la souffrance qu’elle subit malgré ses plaisanteries constantes et spontanées.
Les spectateurs présents à la projection sont ainsi happés par l’histoire de Malika, l’enfant de la zaouia, qui a perdu toute confiance en autrui, après avoir vécu la terreur durant la période de la décennie noire. Ce qui a poussé cette femme à tout quitter, y compris sa famille qui l’a déshéritée de tout ce qu’il lui restait, pour aller se réfugier dans le désert. C’est au milieu de ce trou perdu qu’elle se reconstruit peu à peu, avec pour seule famille, ses animaux de compagnie, son chat Mimi et Diana sa chienne, auxquels elle confie ses douleurs incessantes, mais toujours sans lâcher son sourire angélique. On découvre, également, dans cet émouvant documentaire que cette combattante de la vie arrivera à un point où elle décide de tout lâcher, car un homme d’affaires est sur le point d’ouvrir, juste en face de son commerce, une station service où les clients pourront s’approvisionner. Mais ses fidèles clients l’ont rassuré, lui affirmant qu’ils ne la lâcheraient jamais, et que s’ils venaient chez elle, c’est surtout pour elle ou pour avoir des nouvelles de leur amie.

Malika et Hassen Ferhani ovationnés
A la fin de la projection, le public s’est levé afin d’applaudir longuement, en scandant « Bravo Malika », saluant, ainsi, le courage du personnage principal du documentaire qui était présente dans la salle. Les présents ont également félicité le réalisateur pour la réussite de son deuxième documentaire. Lors du débat qui a suivi la projection, Hassen Ferhani déclare que ce film est «dédié aux détenus d’opinion qui ne sont pas parmi nous aujourd’hui ». Il a aussi confié que le tournage de son film s’est déroulé au mois de février et mars de l’année dernière et a duré un mois et demi. Il souligne aussi que 90% des visiteurs de Malika avaient accepté d’être filmés. Le réalisateur précise qu’il n’a pas rapporté tous les détails de l’histoire de Malika, car il a « respecté son intimité et cela à sa demande ». Il confiera que « c’est un film qui laisse des espaces pour faire son propre montage, chacun peut se l’approprier et le voir de la manière dont il a envie ». Expliquant que « je travaille plus sur le thème de l’émotion ou de la poésie, que j’essaye de trouver dans les actes du quotidien afin de les transmettre».
Quant à la mise en scène des deux acteurs, à savoir Chawki Amari et Samir El Hakim, le réalisateur dira : « Je n’ai pas peur de la question de la mise en scène, mais tout est écrit avec la matière du réel.
L’improvisation de Chawki était spontanée du fait qu’il connaissait très bien Malika. Quant à Hakim, c’est un rôle que j’ai voulu montrer dans le film.» Concluant à propos de cette introduction de la fiction dans le documentaire que « c’est une histoire qui me tenait vraiment à cœur, un homme qui va à la recherche de son frère perdu. J’ai senti le besoin de l’ajouter à la fin du film».n