Les différents aspects de la littérature sénégalaise, thématique centrale de la rencontre animée, mercredi dernier, au Salon international du livre d’Alger (Sila 2019), qui a accueilli cette année le Sénégal en tant qu’invité d’honneur.
Lors de cette rencontre, il a été souligné que la littérature sénégalaise est considérée comme l’une des littératures africaines les plus engagées et les plus libres, car elle ne connaît pas de sujets tabous. Ainsi « au Sénégal, la liberté de pensée et d’écriture est garantie. Toutefois, l’écrivain sénégalais se trouve devant divers problèmes, à savoir le public, la langue… », déclare le romancier sénégalais Khalil Diallo.
Concernant la problématique de l’écriture au Sénégal, l’auteur sénégalais confie que « là, nous sommes en face d’un vrai dilemme », expliquant que « les lecteurs sénégalais demandent et attendent de l’auteur une certaine authenticité». D’autre part, «les Occidentaux qui nous lisent sont plus exigeants, ils attendent de nous un certain militantisme, du tropical, du nouveau et un peu d’universalité ».
Toutefois, il affirme qu’actuellement, les Sénégalais écrivent plus qu’avant. Estimant qu’«au Sénégal, je peux dire qu’il y a une vraie production littéraire». Interrogé sur le cliché qui dit qu’«il n’y a pas beaucoup d’intellectuels en Afrique », Khalil Diallo rétorque : «Non, je ne partage pas cet avis. En Afrique, il y a beaucoup d’intellectuels et de penseurs mais ils ne sont pas célébrés en Afrique. Ils sont célébrés ailleurs», ajoutant qu’«au Sénégal, nous avons une bonne vingtaine d’écrivains et de penseurs célébrés». A propos des caractéristiques de la littérature sénégalaise, Khalil Diallo, tout en soulignant, que «c’est une littérature profondément poétique», met également, en exergue son « ouverture » sur tous les sujets et qu’« elle soit très engagée, comme la littérature algérienne». « C’est une littérature qui prend en considération non seulement les problématiques de la société sénégalaise mais aussi les soucis d’autres sociétés. » Il précise à ce sujet que «la littérature sénégalaise ne connaît pas de tabous. Elle évoque tous les fléaux sociaux. Au Sénégal, il y a une certaine démocratie en ce sens ». Il insiste sur cette liberté d’écriture en affirmant que «nous sommes une vraie démocratie, la liberté de la presse est garantie. La liberté de pensée et de parole est aussi assurée. Au Sénégal, on parle librement du président de la République. On critique librement les religions ». Ajoutant dans ce sillage que «dans mon pays, on ne censure pas les livres ou les écrits. Le public peut boycotter un livre, mais pas de censure de pensée ou d’écriture ».
Dans un autre registre, abordant une autre facette de la littérature sénégalaise, l’écrivain sénégalais souligne que la littérature sénégalaise dénonce le colonialisme et ses conséquences désastreuses en Afrique. Il confie à ce sujet que «c’est vrai, dans nos écrits, nous évoquons beaucoup les maux que nous a causés le colon ». Il ajoute que «nous trouvons beaucoup d’écrivains sénégalais qui ont lutté contre le colonialisme. Par contre, les écrivains sénégalais ont compris, d’ailleurs comme Kateb Yacine, que la langue française est une arme ou un butin de guerre ». En outre, s’exprimant sur la libre circulation des œuvres de la littérature africaine en Afrique, il a été affirmé lors de cette rencontre, que la littérature algérienne est disponible au Sénégal. A l’instar des ouvrages de Mohamed Dib, d’Assia Djebar, de Kateb Yacine, de Rachid Boudjedra et de Yasmina Khadra. Il a également été relevé l’absence en Algérie de la littérature subsaharienne, estimant que «cela est dû aux politiques des Etats ».
Pour conclure, il a également été souligné lors de cette conférence que « l’espoir et l’espérance sont toujours présents dans la littérature sénégalaise comme toute autre littérature».<